Grèce : pourquoi le parti d'extrême droite Aube Dorée a-t-il disparu du parlement?

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CLAQUE ÉLECTORALE - Les législatives qui ont eu lieu ce dimanche en Grèce ont marqué le retour au pouvoir de la droite conservatrice, devenue libérale, mais aussi la disparition d'Aube dorée, parti d'extrême droite néo-nazi, qui a perdu la totalité de ses 18 parlementaires. Comment expliquer cette défaite? Est-elle le symbole de la chute du nationalisme dans le pays? On fait le point.

Un retour "dans les poubelles de l’histoire" et "vers l’obscurité" ou encore la fin de "la honte du parlement". Les journaux grecs ne manquent pas d’originalité ce lundi 8 juillet pour décrire la défaite du parti d’extrême droite Aube dorée (XA) aux élections législatives qui ont eu lieu la veille. Car si la droite accède au pouvoir, l’extrême droite, elle, recule. Entrés au parlement grec il y a sept ans et un temps troisième force politique du pays, les néo-nazis n’ont pas recueilli les 3% de voix nécessaires pour garder leurs sièges à la Vouli. 

Un procès pour "participation à une organisation criminelle" au cœur de la désillusion

Dans une vidéo, le chef de XA, Nikos Michaloliakos, hurle que son parti "n’a pas disparu". Celui qui a dans le passé nié l'existence des chambres à gaz, explique à qui veut encore l’entendre, dans une vidéo mal éclairée, filmée et diffusée par le groupuscule lui-même, que "le combat pour le nationalisme continue". Sept ans après son entrée au Parlement, la claque électorale que s’est pris Aube Dorée prouve cependant le contraire.


D’une part, parce que la Grèce va un peu mieux. En tout cas, c’est ce que disent les chiffres de la croissance et du chômage. De quoi justifier qu’une certaine partie de la population ne soit plus attirée par les extrêmes, et donc une redistribution des cartes vers le centre de l’échiquier politique. "Les raisons de la colère des électeurs grecs n'est plus là", analyse ainsi auprès de Reuters Dimitris Mavros, responsable des sondeurs du MRB. 


Car comme le notait Thanassis Kambayiannis, l'un des défenseurs de la partie civile lors d’un procès contre des membres du parti, celui-ci est composé de trois groupes différents. Un noyau dur aux croyances réellement fascistes, qui "met en place des milices et commet des crimes", un cercle étroit d’électeurs d’extrême droite affiliés à la cause et un dernier cercle composé de personnes "indignées par le système politique électoral de façon plus large". 

C’est le procès-fleuve auquel Thanassis Kambayiannis a participé qui justifie dans un deuxième temps la déculotté des hommes en noir. Avec 400 jours d’audience et plus de 300 témoins, ce procès qui a pour ambition "de démontrer que ce n'est pas un parti politique mais une organisation criminelle à caractère militaire", est l’une des principales explications de cette chute. C’est en tout cas ce que nous explique Anaïs Voy-Gillis, chercheuse au sein de l’Observatoire des extrémismes en Europe. Lié à l’assassinat du rappeur Pavlos Fyssas, à 34 ans, par l’un des militants, il a ainsi levé le voile sur les ratonnades organisées dans des quartiers populaires et le rôle des dirigeants dans ces attaques. Un procès qui a eu un "impact sur le vote indéniable", comme le note la chercheuse. 


Outre le caractère criminel de ces militants, c’est aussi la mère du chanteur, Magda Fyssa, qui a bouleversé les Grecs. Elle participe à chaque audience, larmes aux yeux. Traits constamment tirés par la tristesse et vêtue de noire, son image a pu resurgir dans les esprits des électeurs dans l'isoloir. Et comme le souligne le site anti-fasciste "Jail Golden Dawn", la justice sera enfin rendue pour cette femme et son fils puisque sans sièges, les 18 députés de XA ne pourront plus jouir de leur immunité parlementaire.

Voilà comment justifier pourquoi le troisième "cercle", celui des "indignés", s’est désolidarisé du groupe. Mais quand est-il des autres ? Outre les graves accusations de meurtres d’étrangers et d’opposants politiques, le parti a pâti de ses nombreuses crises internes, qui ont poussé un bon nombre de cadres vers la porte de sortie. D’anciens responsables du parti se sont entretenus dans des médias, notamment le très lu Kathimerini, critiquant la direction. Parmi eux, un ancien général de l’armée grecque qui avait rendu populaire l'Aube Dorée : Eleftherios Synadinos. Lui a claqué la porte en accusant le parti d’être aux mains "d’un cercle restreint de fainéants". C’est pourquoi, sur sa vidéo diffusée hier soir, le gourou fasciste apparaît bien seul. À côté de lui, les seuls visages qu’on reconnait sont ceux de sa fille et de Christos Pappas, l’un des seuls fondateurs encore présents.

Les Grecs continuent à voter pour l'extrême droite

Mais alors les Grecs ont-ils réussi à évincer l’extrême droite ? Font-ils figure d’exception face à des voisins européens séduits par la droite radicale ? C’est plus compliqué que ça. Comme le relève Alexandra Koronaiou, une professeure à l’université Pantion d’Athènes, à nos confrères de La Croix, la société grecque "a toujours été conservatrice et elle devient réactionnaire". En fait, les votes se sont surtout dispersés vers l’abstention, et vers les deux groupes de droite présents au Parlement : la Nouvelle démocratie et le tout récent La solution grecque. Ainsi, selon l’analyste électoral Petros Ioannidis, le premier a récupéré 12,6% des électeurs ayant soutenu Aube Dorée en 2015, et 12% ont préféré le deuxième choix.


Kyriakos Mitsotakis, le leader conservateur, qui a obtenu près de 40 % des voix, possède effectivement en son sein "une aile nationaliste forte". Comme le note la chercheuse de l’Observatoire des extrémismes européens, ce parti "partage des positions communes" avec l’extrême droite au sujet du nom de la Macédoine du nord. Au sein même du groupe , un ancien membre de LAOS (nationalistes) est devenu vice-président. De quoi garantir aux électeurs une politique tournée vers le patriotisme. 

Quant à La solution grecque, XA elle-même attribue ses pertes de voix à la popularité émergente de cette nouvelle formation. Et notamment au succès de Kyriakos Velopoulos. Ancien membre du Parti populaire orthodoxe, il est xénophobe et homophobe, mais aussi amateur des théories du complot. C’est d’ailleurs en vendant, dans une émission de télécrochet, des copies de lettres supposément écrites par Jésus Christ lui-même qu’il s’est fait connaître. Populiste à la Trump, il désire lui aussi un mur aux frontières grecques. Pour rappel : le pays possède cinq frontières maritimes, dont celle avec la Turquie composée de dizaines d’îles… Et pourtant, cet homme "offre un visage plus présentable qu'Aube dorée", comme le note Anaïs Voy-Gillis, "notamment chez les jeunes". Si ces élections sont la fin des tshirts noirs floqués avec un dérivé d’une croix gammée et des manifestations aux lueurs des torches, 2019 aura aussi sonné le début d’une autre forme de nationalisme en Grèce. 

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