300 euros le costume, entretien d'embauche payant, contrats précaires : pourquoi les pilotes de Ryanair font-ils grève ?

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CONFLIT SOCIAL - Les pilotes de la compagnie aérienne Ryanair se sont lancés ce vendredi dans une grève simultanée dans cinq pays pour dénoncer la politique d’emploi du numéro deux du transport aérien en Europe. Pourquoi ? Dans quelles conditions doivent vraiment travailler les pilotes ?

Trop c’est trop pour les pilotes de Ryanair. Pour protester contre leurs conditions de travail et la politique salariale de l’entreprise, ils ont entamé une grève ce vendredi dans cinq pays (Belgique, Allemagne, Belgique, Suède et Pays-Bas), quelques semaines après celle des personnels de cabine en Espagne, Italie, Portugal et Belgique. 

Les employés français doivent eux-mêmes cotiser à la retraite et à la sécurité sociale

Les syndicats reprochent à la compagnie sa politique d’emploi, le recours à des contrats précaires et au dumping social. Ryanair impose quand il le peut, selon les syndicalistes, des contrats de travail irlandais plus flexibles aux personnels navigant, même s’ils vivent ailleurs en Europe. Pour se justifier, la compagnie relève que la majeure partie du travail se fait à bord d’avions immatriculés en Irlande. 


Cela lui permet surtout de ne pas payer les charges sociales et patronales des différents pays où se trouvent les pilotes. Et cela a une conséquence directe pour les employés, notamment français : ils ne cotisent pas à la retraite et à la sécurité sociale et doivent le faire eux-mêmes (en prenant sur leurs salaires).


Selon le président du syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) Christophe Tharot interrogé par LCI "trois types d’employés se côtoient chez Ryanair : les pilotes salariés de l’entreprise ; ceux qui sont embauchés via des compagnies de placement, et les autoentrepreneurs". Les deux derniers modèles, forcément bien moins avantageux, représentent selon lui environ 2/3 des effectifs. 

300 euros l'uniforme, 250 le badge d'accès aux aéroports

Car si l’entreprise se targue de bien payer ses pilotes – les salaires peuvent atteindre 190.000 euros brut par an et sont en moyenne de 150.000 euros brut par an assure-t-elle - une fois toutes les dépenses que doivent faire les pilotes pour travailler, il ne leur reste plus autant d’argent. 


En effet, chez Ryanair, ils doivent quasiment tout payer eux-mêmes. Selon un conducteur aérien interrogé par Le Soir, l’uniforme de travail leur coûte 300 euros, le badge d’accès aux aéroports 250 euros. Même les entretiens d’embauche sont payants. "C’est plus de 300 euros, en plus du voyage aller/retour et de l’hôtel, ça fait plus de 700 euros au total" explique le pilote interviewé dans le quotidien belge.

Les pilotes doivent également payer pour effectuer leurs formations ou encore pour changer de base. "Quand l’entreprise décide de changer un pilote de base, donc d’aller le faire travailler dans un autre pays, c’est à eux de prendre en charge leurs billets d’avion, leurs nuitées d’hôtels le temps de trouver un appartement, leurs repas. Toutes les autres compagnies payent ces mises en place" explique à LCI le président du SNPL. 


Et cela, sans compter les dommages sur la vie privée des conducteurs. "Du jour au lendemain, on peut se retrouver à l’autre bout de l’Europe sur une autre ligne à Sofia, Budapest ou Trapani en Sicile. Il faut alors changer de vie, d’appartement. Ceux qui vivent en couple payent les frais de cette très grande mobilité. Parfois aussi, on nous prévient, au dernier moment, qu’on doit prendre un avion en charge à l’autre bout du continent. Sans que la compagnie se soucie de l’endroit où l’on va dormir" témoigne un pilote dans le Télégramme.


"En fait, tout est payant. Les pilotes sont encore étonnés de pouvoir boire un café dans l’avion. Même si seulement l’eau chaude leur est fournie et qu’ils doivent apporter leurs propres machines, leurs propres capsules", ironise Christophe Tharot. 

Des pilotes payés aux heures de vol

Tous ces salariés qui bénéficient d’un contrat précaire sont bien sûr à la merci de leur employeur. "Nous n’avons aucun fixe, nous sommes payés à l’heure effective de vol quand les moteurs sont allumés. Le briefing et la préparation du vol ne sont donc pas pris en compte" témoigne un pilote autoentrepreneur auprès du Télégramme. C'est pour en finir avec ces situations que les syndicats demandent l’intégration des intérimaires ou encore des contrats de travail du pays de résidence des pilotes, en plus d'une hausse de salaire. 


Ryanair est la seule compagnie aérienne européenne à utiliser ce genre de méthodes. Même son concurrent direct, EasyJet, emploie ses pilotes selon le droit local de chaque pays.

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