Grève SNCF : au fait, comment ça se passe chez nos voisins européens ?

Grève SNCF : au fait, comment ça se passe chez nos voisins européens ?

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RAILS – Privatisation au Royaume-Uni, concurrence en Italie… A l'heure où les gares françaises sont en ébullition, les exemples sont nombreux hors de nos frontières.

La France a-t-elle un train de retard ? Alors que pour la première fois depuis longtemps, Emmanuel Macron et le gouvernement d'Edouard Philippe tentent de réformer la SNCF, d'autres pays ont en revanche commencé la mue de leurs rails il y a plusieurs années. Privatisation pour les uns, solution "intégrée" pour les autres... les solutions sont variées. Tout comme les conséquences pour les usagers...

L'Italie, une pionnière de l'ouverture à la concurrence

L'Italie a été le premier pays européen - et le seul à ce jour - à ouvrir le réseau ferroviaire à grande vitesse à la concurrence. Et ce, avec l'entrée de NTV-Italo en 2012. Conséquence ? Cela a fait beaucoup baisser le prix des billets : de 40% environ entre 2011 à 2017, selon Tra Consulting. La grande vitesse représente un quart du trafic ferroviaire en Italie. La compagnie nationale est Trenitalia, appartenant au groupe FS (Ferrovie dello Stato, société anonyme dont le capital est détenu en totalité par l'Etat). FS se porte bien: il a enregistré un bénéfice net record de 772 millions d'euros en 2016, en hausse de 66%. Dans son nouveau plan stratégique, le groupe public prévoit 94 milliards d'investissement sur dix ans, dont 73 milliards sur les infrastructures. Il compte actuellement 71.581 employés.

Au Royaume-Uni, une vingtaine de sociétés différentes

L'offre est ici pléthorique, puisqu'une vingtaine de sociétés privées exploitent les chemins de fer. Ceux-ci sont privatisés depuis 1994 à l'initiative des conservateurs. La maintenance du réseau est en revanche gérée par Network Rail, société privée mais dont l'Etat est actionnaire. "Le train que vous prenez appartient à une banque, est loué à une société privée qui a obtenu une franchise du ministère des Transports pour l'exploiter sur des rails qui appartiennent à Network Rail, tout cela régulé par une autre entité (...)", résumait récemment auprès du Financial Times John Sittle, professeur à l'université d'Essex. 


Principale ombre au tableau : les prix des billets ont bondi de 25% (hors inflation) depuis 1995 et sont en moyenne 30% supérieurs à ceux en France, selon une étude citée dans le même article fin janvier. Cette privatisation fait ainsi souvent figure de repoussoir à l'échelle européenne, et suscite de vives polémiques à chaque accident mortel. En outre, côté infrastructures, le pays est très en retard sur les lignes à grande vitesse : il n'a pour l'instant que le tronçon emprunté par Eurostar entre Londres et le tunnel sous la Manche.

En Allemagne, un système mixte

L'opérateur historique est Deutsche Bahn, société anonyme de droit privé entièrement détenue par l'Etat fédéral. L'Allemagne a choisi une solution dite "intégrée" : Deutsche Bahn transporte des marchandises et des passagers, mais se charge aussi du réseau ferroviaire. En outre, le marché du chemin de fer est ouvert à la concurrence privée et la loi a transféré aux Etats régionaux la compétence pour les transports régionaux et urbains.


Deutsche Bahn est régulièrement critiqué pour les retards fréquents et la vétusté des infrastructures. En 2016, 1 train grande distance sur 4 a accusé un retard de plus de 5 minutes en cours de parcours, selon le régulateur. La compagnie emploie près de 320.000 personnes dans le monde, dont 196.000 en Allemagne. 12% sont des fonctionnaires payés sur le budget de l'Etat fédéral.

En Espagne, une libéralisation seulement pour les marchandises

L'opérateur principal est la compagnie publique Renfe, mais il existe des déclinaisons régionales en Catalogne, au Pays basque et à Valence. La libéralisation, qui ne concerne jusqu'ici que le transport de marchandises, ne fonctionne pas sans accrocs. En mai 2017, Renfe a par exemple été sanctionnée avec le groupe Deutshe Bahn pour avoir entravé la concurrence. 


L'Espagne a fait le choix de la grande vitesse. Elle dispose aujourd'hui de 3.240 kilomètres de voies permettant de circuler à plus de 200 km/heure, contre 476 kilomètres en 1992, un développement qui a englouti 51,7 milliards d’euros. Cette politique fait l'objet de critiques récurrentes, en particulier sur le sort du réseau secondaire, notamment de la part des Catalans.  

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