Guerre au Yémen : des armes françaises sont bien utilisées sur place, selon une note "confidentiel Défense"

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CONFLIT - Selon un rapport classé secret défense que s'est procuré le média Disclose, des armes françaises sont utilisées sur le sol yéménite, non sans risques pour les populations civiles. Des éléments qui contredisent le discours du gouvernement ces dernières semaines.

Des armes françaises sont-elles utilisées au Yémen ? Pour Disclose, cela ne fait aucun doute. Ce média d’investigation à but non lucratif publie ce lundi des documents classés secret défense, lesquels mettent en lumière les contrats d’armements conclus par la France avec l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis.  Des documents en contradictions avec les déclarations des autorités sur le sujet : "Je n’ai pas connaissance du fait que des armes [françaises] soient utilisées directement au Yémen", a assuré la ministre des Armées, Florence Parly le 20 janvier 2019 sur France Inter.

Dans le détail, ce rapport de la Direction du renseignement militaire (DRM), daté du 25 septembre 2018, aurait été présenté à Emmanuel Macron le 3 octobre durant un conseil restreint de défense. Les informations sont détaillées : chars Leclerc, obus flèche, Mirage 2000-9, radar Cobra, blindés Aravis, hélicoptères Cougar et Dauphin, frégates de classe Makkah... Le renseignement militaire énumère l’armement dont disposent les Saoudiens et les Émiriens, impliqués dans le conflit.

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"Population sous la menace des bombes"

Les informations sont nombreuses. On découvre par exemple une carte, montrant 48 canons Caesar, fabriqués à Roanne, dans la Loire, et localisés en Arabie Saoudite. Selon le document, ils peuvent atteindre des populations civiles du Nord du Yémen. Une autre carte, baptisée "Population sous la menace des bombes", estime que "436 370 personnes" sont "potentiellement concernée par de possibles frappes d’artillerie." Et par déduction, par des tirs de canons français.

Autre enseignement de cette vaste enquête : des chars Leclerc, vendus dans les années 1990 aux Emirats arabes unis, seraient déployés sur le sol yéménite. Selon le rapport, 70 chars de combat ont été identifiés sur quatre zones du Yémen : à al-Khawkhah et Mocha, deux localités le long de la Mer rouge, ainsi qu’à Ma’rib, à l’intérieur du pays, et à Aden. Dans les airs, des appareils seraient quant à eux du "dernier cri de la technologie française en matière de guidage laser", précise France Info en s'appuyant sur le document. 

Comme le rappelle le site, ces détails sur le conflit au Yémen s'opposent aux déclarations du gouvernement français. "Nous ne fournissons rien à l’armée de l’air saoudienne. Il vaut mieux que les choses soient dites de manière définitive pour éviter qu’il y ait de la répétition sur le sujet", a ainsi estimé le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, le 13 février 2019.

Interrogé par Disclose, Matignon a précisé que "la coalition arabe lutte aussi contre Daech et al-Qaïda dans la Péninsule arabique, qui sont présents au Yémen et qui représentent une menace pour notre propre sécurité" et que "des actions offensives sont régulièrement menées depuis le Yémen vers le territoire de nos partenaires de la région." "À notre connaissance, les armes françaises dont disposent les membres de la coalition sont placées pour l’essentiel en position défensive, à l’extérieur du territoire yéménite ou sur des emprises de la coalition, mais pas sur la ligne de front, conclut Matignon. Nous n’avons pas connaissance de victimes civiles résultant de leur utilisation sur le théâtre yéménite."

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