La guerre en Syrie "gagnée d'ici fin février", pense Macron : "Daech n'a pas disparu"

La guerre en Syrie "gagnée d'ici fin février", pense Macron : "Daech n'a pas disparu"

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DÉCRYPTAGE - Emmanuel Macron a estimé, dimanche 17 décembre, que la guerre en Syrie contre le groupe Etat islamique (EI) serait "gagnée d'ici mi, fin février". Une déclaration à prendre avec des pincettes, estiment des spécialistes du conflit.

La fin de la guerre contre Daech en Syrie est l'affaire de quelques semaines. C'est en tout cas le pronostic d'Emmanuel Macron. Le chef de l'Etat a même avancé un calendrier, ce dimanche soir sur France 2 : "fin février" au plus tard. Un sentiment qu'il n'est pas le seul à partager, plusieurs dirigeants ayant eu des mots similaires ces derniers jours. Problème : le groupe terroriste a entamé sa mue, estiment de nombreux experts du dossier. 


"On a mis fin à Daech en Syrie et en Irak, mais cela ne veut pas dire qu'on a mis fin à son influence idéologique et politique", relève pour LCI Karim Pakzad. Comme le précise ce chercheur à l’Iris, les terroristes sont d'ailleurs encore présents sur place : "Daech existe toujours, dans des zones désertiques en Syrie mais aussi certaines provinces d'Irak, dans des poches de territoires d'où ils parviennent à commettre des attentats." Les djihadistes ne contrôlent en effet plus aujourd'hui que quelques villages dans l'est syrien, des poches désertiques dans le centre, et deux quartiers périphériques de la capitale Damas.

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Macron : "nous aurons gagné la guerre en Syrie" contre Dach en février

"Daech ne s'est pas évaporé..."

Un avis partagé par Michael Vickers, qui a été le sous-secrétaire américain à la Défense chargé du renseignement de 2011 à 2015. "Malgré la perte de son califat physique, il n'y a aucun signe prouvant que cette guerre (contre l'EI) est terminée", avait-il assuré mercredi 13 décembre, au cours d'une conférence à Washington. Avant de mettre en garde : "Défaire une insurrection prend toujours du temps, de dix ans à plusieurs décennies. Et celle-ci est globale, étendue dans l'espace et dans le temps. C'est une insurrection motivée par une idéologie, le genre le plus difficile à vaincre".


"Daech est défait sur le plan national, en tant qu'Etat. Mais il n'a pas disparu, il ne s'est pas évaporé. A un moment donné, on estimait à 60.000 le nombre de ses combattants. Ils n'ont pas tous été tués…" ajoute Karim Pakzad. Un témoignage, publié dans le New York Times le 11 décembre dernier, appuie cette analyse peu rassurante : Ernest Barajas Jr., un ancien démineur des Marines qui participe au nettoyage des zones libérées de l'EI, y affirme que les artificiers du mouvement djihadiste "répandent désormais leur savoir dans le monde entier. Ils sont en Afrique, aux Philippines. Ce truc ne va pas cesser de croître."

"Bachar al-Assad sera là"

Un "truc" dont il faudra parler avec Bachar Al-Assad ? Dans son entretien à Laurent Delahousse, Emmanuel Macron a estimé  qu'il "faudra" parler au président syrien. "Bachar al-Assad sera là. Il sera là aussi car il est protégé par ceux qui, sur le terrain, ont gagné la guerre aussi, que ce soit l'Iran, la Russie, donc on ne peut pas dire qu'on ne veut pas parler avec lui ou ses représentants", a reconnu le chef de l'Etat. Et ce dernier de souligner que cela n'empêchera pas le dirigeant syrien de "répondre de ses crimes devant son peuple, devant la justice internationale". 


Des propos encore inconcevables il y a quelques mois, relève Karim Pakzad : "La France et les Etats-Unis sont les grands perdants de ce conflit. Il ne faut pas oublier qu'il y a trois ans, ces deux pays demandaient le départ de Bachar Al Assad et son jugement devant un tribunal international. Désormais, il doit "répondre devant son peuple", ce qui sous-entend qu'on accepte le fait qu'il se présente à sa succession." 


Hasard du calendrier ? Bachar al-Assad s'en est pris violemment ce lundi à la France, l'accusant de "soutenir le terrorisme". Une diatribe qui intervient après qu'Emmanuel Macron a accusé Damas d'avoir fait "obstruction" aux dernières négociations à Genève pour mettre fin au conflit, mais qui ont échoué. "Celui qui soutient le terrorisme n'a pas le droit de parler de paix et n'a même pas le droit de s'ingérer dans les affaires syriennes", a martelé le président syrien. Qui ne doit donc pas partager le pronostic du président français.

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