Guerre d'Algérie : qui était Ali Boumendjel, que la France a reconnu avoir torturé et assassiné ?

Ali Boumendjel

PORTRAIT - Alors qu'Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité de l'armée française dans la mort de ce militant, la rédaction de LCI revient sur la vie de cet homme jusque-là méconnu.

Son nom était perdu dans les archives de l'histoire. Il aura fallu plus de soixante ans pour que la France reconnaisse la mort de l'avocat nationaliste Ali Boumendjel. Le militant a été "torturé et assassiné" par l'armée française pendant la guerre d'Algérie en 1957. Une reconnaissance que l'État français présente comme un geste d'apaisement, suite aux recommandations du rapport de l'historien Benjamin Stora rendu début février. Mais qui était Ali Boumendjel et pourquoi a-t-il été visé par les autorités françaises ? Retour sur les traces de cet homme mort à 38 ans. 

Années 40. L'Algérie est encore un département français. Avocat réputé, Ali Boumendjel figure parmi les militants anticolonialistes de l'époque. Né le 23 mai 1919, il se distingue par ses bonnes notes et se hisse sans mal sur les bancs de la faculté de droit d'Alger. Quand il passe sa licence de droit en 1943, il veut déjà lutter contre l'injustice du système coloniale. Rapidement, il rejoint l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA), une organisation créée en 1946 par Ferhat Abbas, le premier président du GPRA - gouvernement provisoire de la république algérienne.

Progressivement, Ali Boumendjel devient l’avocat des nationalistes, suivant les traces de son grand frère, Ahmed. "C'était un érudit, un intellectuel qui adorait réciter les poèmes de Virgile, parler de peinture ou encore danser la valse", témoigne sa nièce Fadela Boumendjel-Chitour, par ailleurs professeure de médecine et militante des droits humains. "Il était ouvert sur la culture universelle. Et en même temps un peu taciturne et dans l'introspection", ajoute la présidente d'un réseau de défense des droits des femmes.

Ali Boumendjel : un "homme-frontière"

En 1954, la guerre d'Algérie éclate. Un an plus tard, Ali Boumendjel intègre le Front de libération nationale (FLN) qui se bat pour obtenir l'indépendance de ce pays d'Afrique du Nord. Quelques années plus tard, le destin de l'avocat nationaliste bascule au cours de la bataille d'Alger. Nous sommes le 8 janvier 1957. À ce moment-là, 6000 parachutistes français envahissent celle qu'on surnomme la "ville blanche". Les militaires ont pour ordre de mettre fin, par tous les moyens, aux attentats du FLN. En pleine bataille, l'avocat est capturé par les parachutistes. Il est kidnappé en même temps que deux de ses beaux-frères. 

Ali Boumendjel est retenu dans un endroit secret où il est torturé. Il succombera à son emprisonnement, assassiné, le 23 mars 1957. Il a 38 ans. Jusqu'à l'annonce du président de la République ce mardi, la version officielle était claire : l'avocat s'est suicidé, se jetant d'une terrasse du sixième étage. Son entourage n'y croit pas un seul instant. D'autant plus qu'Ali Boumendjel était croyant et que le suicide est une pratique interdite par le Coran. Derrière lui, l'avocat laisse une femme et quatre enfants. "Mon père a appris qu'il aurait tenté de se suicider avec le verre de ses lunettes. C'était glaçant", raconte sa nièce. 

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S'il ne s'est pas suicidé, pourquoi alors a-t-il été tué ? Ali Boumendjel ne faisait pas partie des principaux leaders du FLN et ne figurait pas dans le viseur des autorités françaises. Il n'avait pas non plus intégré le Parti communiste algérien, bien qu'il en soit proche. Dans la biographie qu'elle lui a accordée, l'historienne Malika Rahal décrit l'avocat comme un militant plutôt modéré. Si Ali Boumendjel souhaite l'indépendance de l'Algérie, il n'a pas rejoint le maquis et poursuit son activité d'avocat. 

Pour Malika Rahal, le militant anticolonialiste est un "homme-frontière" qui, toute sa vie, sera pris entre deux mondes : issu d'un milieu modeste, il incarne malgré tout cette bourgeoisie algérienne. Et c'est pour cette raison, estime l'historienne, que l'armée française s'en est pris à lui : elle voulait museler l'élite intellectuelle en lui montrant qu'elle pouvait s'en prendre à un homme qui était des leurs et qui pourtant ne combattait pas sur le terrain. 

Il faudra attendre cinquante ans pour que les premiers aveux tombent. En 2000, Paul Aussaresses, ancien para et responsable des renseignements à Alger, a reconnu avoir donné l'ordre à l'un de ses subordonnées de tuer Ali Boumendjel. Jusqu'à aujourd'hui, ces aveux n'avaient pourtant rien changé à la version officielle de l'État. 

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