Guerre en Syrie : à Idleb, l’ONU craint la "pire catastrophe humanitaire du siècle"

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GUERRE - L’aviation russe et les forces loyalistes du régime de Bachar al-Assad ont entamé ce week-end le pilonnage de la région de Idleb, ultime bastion insurgé dans la Syrie en guerre. L’ONU craint une vaste catastrophe humanitaire.

Ce pourrait être la "pire catastrophe humanitaire" du XXIe siècle. Voilà ce que craint l’ONU, alors que depuis quelques jours, Idleb, en Syrie, dernier grand bastion insurgé contre le pouvoir, voit affluer des milliers de réfugiés et est sous la menace d’une offensive. Cette ville du nord-est de la Syrie, ainsi que les territoires rebelles environnants, ont en effet été ces derniers jours la cible des bombardements à l’artillerie du régime de Bachar-al-Assad, et des frappes aériennes de son allié russe.  


Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), ces violences sporadiques ont fait des morts parmi les civils et touché hôpitaux et autres structures médicales. Les bombardements ont aussi mis sur les routes des milliers de personnes, quittant le sud de la province, pour aller plus au nord. Le correspondant de l'AFP à Idleb raconte ainsi avoir vu ces derniers jours des familles, embarquées sur des dizaines de voitures et de camionnettes, transportant matelas, tapis de jute, bidons d'eaux et affaires chargées à la va-vite.

Des dizaines de milliers de déplacés

D’après le porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), David Swanson, entre le 1er et le 9 septembre, ce sont quelque "30.542 femmes, enfants, mais aussi des hommes" qui ont été déplacés du sud et du sud-ouest d'Idleb, ainsi que du nord et du nord-ouest de la province voisine de Hama avec cette récente escalade de violence.

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Syrie : la bataille pour Idleb

Près de la moitié des déplacés sont installés dans des camps. Certains ont trouvé refuge chez des familles du secteur tandis que d'autres ont loué des logements. Ce sont ainsi environ trois millions de personnes, dont la moitié sont déjà des déplacés d'autres régions de Syrie affectées par le conflit, qui vivent à Idleb.

Mais la situation pourrait encore empirer, alors que la Syrie brandit la menace d’une offensive contre cette région frontalière avec la Turquie. Lundi, Ankara, qui redoute un nouvel afflux massif de réfugiés sur son territoire en cas d'assaut d'envergure, a plaidé pour un cessez-le-feu dans ce dernier fief majeur de l'opposition en Syrie. 

Il y a 100 civils, la plupart des femmes et des enfants, pour chaque combattant à IdlebMark Lowcock, secrétaire général adjoint de l'ONU pour les Affaires humanitaires

Tous craignent en effet un désastre humanitaire. Même à l'échelle d'un pays ravagé depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 350.000 morts, poussé des millions à l'exode, et s'est complexifiée au fil des ans avec l'implication de puissances étrangères et l'émergence de groupes djihadistes. "Il est reconnu qu'il y a là un grand nombre de combattants, y compris des terroristes d'organisations proscrites. Mais je pense qu'il y a 100 civils, la plupart des femmes et des enfants, pour chaque combattant à Idleb", a déclaré Mark Lowcock, le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les Affaires humanitaires, en conférence de presse à Genève. Une crainte partagée par les associations humanitaires. 

La ville est déjà pilonnée

Mais si l'assaut n'a pas encore été donné, le pouvoir syrien et Moscou pilonnent déjà. Samedi, les avions russes avaient mené les frappes les "plus intenses" en un mois, selon l'OSDH.  Les troupes de Bachar-al-Assad tentent de déloger le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS), issu de l'ex-branche d'Al-Qaïda en Syrie, installé dans la région avec d'autres groupes rebelles. Le pouvoir a pour l’instant réussi à reprendre près des deux tiers du pays, avec l'appui militaire crucial de Moscou et de Téhéran et une victoire à Idleb serait hautement symbolique. 


Vendredi, un sommet tripartite a réuni la Russie et l'Iran, qui soutiennent le régime, avec la Turquie, mais n’a apporté aucune solution concrète concernant le sort de la province. Les trois pays ont semblé camper sur leurs positions. Téhéran et Moscou ont insisté sur la nécessité de combattre "le terrorisme", et le droit de Damas de récupérer l'intégralité de son territoire. La Turquie, qui accueille déjà plus de trois millions de réfugiés syriens sur son territoire, a mis en garde contre un "massacre" à venir.


Mardi, à la demande de la Russie qui veut rendre compte du sommet, le Conseil de sécurité doit se réunir pour discuter du sort de la province. En fin de semaine dernière, le Conseil de sécurité avait multiplié les réunions sur Idleb, à l'initiative des Etats-Unis ou de l'Union européenne, mais sans avancée concrète pour freiner ou interrompre la perspective d'une vaste offensive militaire du régime syrien pour reprendre le contrôle de la province.

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