Guerre en Ukraine : Kiev et Moscou procèdent à un échange historique de prisonniers

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DIPLOMATIE - L'Ukraine et la Russie ont effectué un échange sans précédent de 70 prisonniers, qualifié par Kiev de "premier pas" vers la fin de la guerre qui a fait 13.000 morts depuis 2014 dans l'est du pays.

Pour la communauté internationale, c'est une étape importante vers la fin de la dernière guerre d'Europe. L'Ukraine et la Russie ont effectué un échange sans précédent de 70 prisonniers. Deux avions transportant 35 prisonniers chacun, dont notamment le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, ont atterri simultanément en milieu de journée à Moscou et à Kiev.

"Nous avons fait le premier pas", s'est félicité le président ukrainien Volodymyr Zelensky, après avoir serré la main sur la piste de l'aéroport principal de Kiev à chacun des Ukrainiens rendus par Moscou. La porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a salué pour sa part un "pas très important", soulignant la "nécessité de maintenir cette volonté à résoudre les problèmes".

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Les puissances occidentales satisfaites

Les capitales occidentales ont également réagi à cet échange, le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian saluant la "volonté" de Kiev et Moscou de renouer le dialogue. Donald Trump a quant à lui évoqué une "très bonne nouvelle, peut-être un premier pas de géant vers la paix", et la chancelière allemande Angela Merkel a appelé à la poursuite du processus de paix.

Le conflit, débuté en 2014 avec l'annexion de la Crimée par Moscou, oppose dans l'est de l'Ukraine des séparatistes pro-russes à l'armée ukrainienne, et a fait environ 13.000 morts. Kiev et des pays occidentaux accusent Moscou de soutenir militairement ces séparatistes, mais le Kremlin dément toute implication.

Le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov libéré

Parmi les prisonniers libérés, le plus célèbre est sans doute le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, qui était emprisonné en Russie et dont la libération était exigée par la communauté internationale. Arrêté en 2014 en Crimée après avoir protesté contre l'annexion par la Russie de cette péninsule ukrainienne, il avait été condamné à vingt ans dans un camp de la région arctique russe pour préparation "d'attaques terroristes".

"J'espère que les prisonniers restants seront bientôt libérés. Même avec la libération du dernier prisonnier, notre lutte ne s'achève pas", a-t-il lancé à sa libération, alors que Kiev demande aussi la libération des quelque 90 de ses ressortissants détenus en Russie et en Crimée, ainsi que des 130 à 220 Ukrainiens retenus dans les territoires séparatistes.

Un ex-chef militaire séparatiste cité dans l'enquête sur le crash du MH17

En échange, l'Ukraine a relâché Volodymyr Tsemakh, 58 ans, un ex-chef militaire des séparatistes pro-russes, dont le nom a été cité dans l'enquête sur le crash du vol MH17 de la Malaysia Airlines, abattu en 2014 par un missile russe au-dessus de la zone de guerre. La décision de Kiev de le remettre à Moscou a crispé les Pays-Bas dont 196 ressortissants avaient été tués dans cette catastrophe, qui avait fait 298 morts au total.

Le gouvernement néerlandais dit regretter "profondément" cette décision et a consulté Kiev "à plusieurs reprises et au plus haut niveau" afin d'empêcher qu'il soit remis à la Russie. Quarante députés européens ont également qualifié cette semaine Volodymyr Tsemakh de "suspect clé" dans l'affaire du MH17, dans une lettre un président ukrainien récemment élu.

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VIDÉO - MH17: 3 Russes et 1 Ukrainien accusés, un procès en 2020

Selon le ministre néerlandais des Affaires étrangères néerlandais Stef Blok, le parquet néerlandais a eu l'occasion d'interroger Volodymyr Tsemakh avant son départ pour la Russie, mais souhaitait "l'entendre à nouveau" dans le cadre de l'enquête sur le crash du MH17. Moscou rejette farouchement son implication dans cette catastrophe.

Parmi les autres prisonniers relâchés par Moscou figurent 24 marins ukrainiens dont la Russie avait capturé les navires au large de la Crimée en novembre dernier, au cours du plus grave affrontement direct entre les deux pays depuis des années. Selon une source gouvernementale, deux de ces marins sont des agents des services ukrainiens de sécurité SBU.

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