Yémen : comprendre comment le pays a basculé dans la crise depuis deux ans

Yémen : comprendre comment le pays a basculé dans la crise depuis deux ans

CONFLIT - Le pays est déchiré par un conflit depuis qu'une coalition arabe menée par l'Arabie saoudite a commencé en mars 2015 une campagne de bombardements pour repousser les rebelles Houthis. Un conflit dont les Yéménites sont les premiers à pâtir, menacés par la famine et les bombardements.

Sombre anniversaire pour le Yémen. Le 26 mars, ce pays de la péninsule arabique entrera dans la troisième année d’un conflit au bilan considérable : près de 7.700 morts et plus de 42.500 blessés, selon l'ONU. L'une des plus graves crises humanitaires au monde se joue également dans ce pays où la famine menace près de 19 millions de personnes.

Derrière ces chiffres, on constate l’enlisement du conflit au Yémen, où chiites et sunnites se disputent le pouvoir sur fond de rivalités entre Ryad et Téhéran. Un conflit qui trouve ses origines en 2004, quand les combattants du mouvement Ansarullah, dits Houthis, entrent en guerre contre l'Etat. Dirigé par Abdel Malek al-Houthi (d'où le nom de Houthis donné à ses partisans), le groupe est accusé de liens avec l'Iran.

Au début, la rébellion voulait défendre le zaïdisme (une branche du chiisme qui se concentre dans le nord du Yémen et réunit environ un tiers de la population) face au prosélytisme des courants sunnites. En juillet 2014, ils ont lancé une offensive fulgurante, avant de conquérir le 21 septembre la capitale Sanaa, avec la complicité d'unités de l'armée restées fidèles à l'ex-président yéménite Ali Abdallah Saleh (qui avait quitté le pouvoir en février 2012 sous la pression du printemps arabe). Forts de leur succès, ils ont alors avancé dans l'ouest, l'est et le centre du pays, pour finir par progresser vers le sud, où ils ont pris la ville portuaire d'Aden.

Des millions de Yéménites déplacés

Fin mars 2015 face à la progression des rebelles, le président élu depuis 2012, Abd Rabbo Mansour Hadi, est contraint de s'exiler en Arabie saoudite. Pour soutenir son protégé, Ryad lance aussitôt l'opération aérienne "Tempête décisive" avec les monarchies du Golfe (sauf Oman), mais aussi l’Egypte, la Jordanie, le Maroc et le Soudan. Le 17 juillet 2015, le gouvernement en exil annonce la "libération" de la province d'Aden (sud) puis, en février 2016, Ryad affirme que le gouvernement légitime a repris, avec son aide, "plus des trois-quarts du territoire".

Seulement voilà : les rebelles s’accrochent à la capitale Sanaa. A plusieurs reprises, l'ONU tente de promouvoir des cessez-le-feu et des négociations de paix, en vain jusqu'à présent. Un cessez-le-feu entre malgré tout en vigueur le 10 avril. Des pourparlers s'engagent à Koweït mais, trois mois et demi plus tard, ils sont "suspendus" par l'ONU, et les bombardements aériens reprennent. Des raids dont les civils paient le prix fort, puisqu'ils représentent plus de la moitié des morts.

"Nous sommes maintenant confrontés à un grave risque de famine si la communauté internationale n'accélère pas le financement" du programme d'aide humanitaire et "que les parties en conflit continuent de restreindre l'accès humanitaire", a ainsi déclaré le 28 février le patron des opérations humanitaires de l'ONU Stephen O'Brien. Quelque 19 des 26 millions d'habitants au Yémen ont besoin d'aide alimentaire, a-t-il dit, ajoutant lors d'une conférence de presse :

7 millions de Yéménites ne savent pas d'où viendra leur prochain repas- Stephen O'Brien, patron des opérations humanitaires de l'ONU

Profitant du délitement du pouvoir, les groupes djihadistes, eux, ont en outre pu fleurir dans la région. Tout d'abord Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), fruit de la fusion en 2009 des branches saoudienne et yéménite du réseau, qui avait profité de l'affaiblissement du pouvoir central en 2011 pour renforcer son emprise dans le sud et le sud-est du pays. Mais aussi la branche yéménite du groupe Etat islamique, née de la défection en novembre 2014 de membres d'Al-Qaïda au Yémen, qui a signé ses premiers attentats en mars 2015 contre des mosquées chiites à Sanaa (142 morts). Elle a ensuite élargi ses opérations dans le sud.

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