Le Hamas reconnaît les frontières de 1967 : qu'est-ce que ça change pour la paix ?

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CONFLIT - Le mouvement islamiste qui contrôle la bande de Gaza depuis 2007 a modifié son programme politique, lundi soir, pour la première fois de son histoire. Désormais, il dit accepter un État palestinien limité aux frontières de 1967 et affirme que son conflit avec Israël est "politique" et non religieux. Si ce geste est un signe d'ouverture, il ne signifie pas la fin des hostilités.

C'est un retournement qui pourrait faire date dans le conflit israélo-palestinien, alors que les pourparlers sont dans l'impasse depuis trois ans. Le Hamas a annoncé lundi soir avoir modifié son programme politique : il accepte désormais un État palestinien limité aux frontières de 1967 et insiste sur le caractère politique et non religieux du conflit avec Israël.


Considéré comme un mouvement terroriste par Israël, l'Union européenne et les États-Unis, le Hamas contrôle la bande de Gaza depuis 2007 et a affronté l'armée israélienne à trois reprises depuis. L'organisation islamiste est un rival du Fatah, qui contrôle la Cisjordanie et dont est issu Mahmoud Abbas, le président palestinien. Contrairement au Fatah, le Hamas n'est pas membre de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), l'organisme qui représente les Palestiniens à l'ONU. 

L’établissement d’un Etat palestinien entièrement souverain et indépendant dans les frontières du 4 juin 1967, avec Jérusalem pour capitale, (…) est une formule de consensus nationalHamas

Ce qui change

Dans un document dévoilé lundi soir, le Hamas affirme qu'"un Etat palestinien entièrement souverain et indépendant dans les frontières du 4 juin 1967, avec Jérusalem pour capitale, (...) est une formule de consensus national". Ces frontières de 1967, héritées de la guerre des Six-Jours, sont celles reconnues par l'OLP, dont fait partie le Fatah. L'Autorité palestinienne est engagée sur cette base dans des négociations avec Israël, même si les pourparlers sont dans l'impasse depuis trois ans.


Le document indique aussi que l'organisation est "en conflit avec le projet sioniste et non avec les juifs en raison de leur religion". C'est la première fois depuis trente ans et la publication de sa charte de 1988 que le Hamas change de programme politique. Accusée d'antisémitisme, cette charte de 1988 "était un appel à la mobilisation pendant la première Intifada, elle ne prenait pas en compte la perception internationale", reconnaît dans Le Monde le cadre du Hamas Ahmed Youssef.

Ce qui ne change pas

Le document publié lundi rejette toujours le droit d'Israël à exister et soutient la "lutte armée" contre l'Etat hébreu. Le Hamas ne précise pas s'il remplace la charte de 1988. Le chef du Hamas, Khaled Mechaal, a dit qu'il inspirerait "l'activité politique quotidienne du Hamas" dont le combat n'est pas d'ordre religieux mais contre ce qu'il appelle "les agresseurs sionistes".


"Le Hamas lutte pour la libération de toute la Palestine mais est disposé à soutenir un Etat dans les frontières de 1967, sans toutefois reconnaître Israël ou céder le moindre droit", a précisé Khaled Mechaal, lors d'une conférence de presse. "La politique du Hamas est de refuser les négociations directes avec Israël car il n'y a pas d'équilibre des forces", a-t-il ajouté.


Pour Leïla Seurat, spécialiste du Hamas au Centre de recherches internationales (CERI) et interrogée par l'AFP, la reconnaissance des frontières de 1967 n'implique "pas une reconnaissance d'Israël". "La seule nouveauté, c'est qu'il l'inscrit pour la première fois dans un document propre au mouvement" qui vaut également pour sa branche armée, souligne-t-elle. Militaires et politiques sont régulièrement présentés comme concurrents au sein du Hamas.

Le Hamas tente de tromper le monde mais il n'y parviendra pasDavid Keyes, porte-parole de Benjamin Netanyahu

Cette nouvelle position peut-elle faire baisser les tensions ?

Ce nouveau programme politique est considéré comme un appel au dialogue avec les autres forces palestiniennes et la communauté internationale. "Nous espérons que cela marquera un changement de position des pays européens envers nous", a ainsi affirmé Khaled Mechaal. 


Les autorités israélienne ont fait part de leur scepticisme à l'égard de ce programme. "Le Hamas tente de tromper le monde mais il n'y parviendra pas", a jugé David Keyes, porte-parole du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. Et d'accuser les membres du Hamas de "creuser des tunnels pour mener des actes terroristes et tirer des milliers et des milliers de missiles sur des civils israéliens".

Quant au Fatah, son porte-parole a déclaré que "Le Hamas devrait s'excuser pour nous avoir accusés de trahison pendant trente ans". Les tensions entre les deux organisations palestiniennes se sont intensifiées, le 27 avril, quand l’Autorité palestinienne a annoncé qu’elle ne paierait plus l’électricité fournie par Israël à la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas. Mercredi, Mahmoud Abbas doit rencontrer Donald Trump pour relancer le processus de paix au proche orient. 

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