Harcèlement de rue à New York : un buzz raciste ?

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RETOUR DE BUZZ - Devenue virale sur Internet, la vidéo dénonçant en caméra cachée le harcèlement de rue à New York est accusée de propager des images racistes. Le jeune réalisateur Bob Bliss aurait coupé les interventions des hommes blancs au montage.

C’est ce qui s’appelle un "buzz". La vidéo "Ten hours of walking in NYC as a woman", postée le 28 octobre, a enregistré six millions de vues en moins de 24 heures. On peut y voir une jeune femme marcher dans les rues de New York, de Manhattan à Harlem, et se faire interpeller de manière sexiste et insistante par des hommes. Derrière la caméra cachée, le jeune réalisateur Bob Bliss s’est associé avec le collectif Hollaback , qui lutte contre le harcèlement verbal, et a filmé la comédienne pendant dix heures. Mais avec la viralité, sont aussi venues les critiques.

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À la fin de la vidéo, le réalisateur prend soin de mentionner : "Plus de 100 expériences de harcèlement ont été dénombrées en dix heures, impliquant des personnes de toutes origines". Problème : à l’image, on n’aperçoit en fait uniquement des hommes latinos ou noirs. Si le projet donne un coup de projecteur sur la violence ordinaire subie par les femmes , majoritairement dans les grandes villes, il perd aux yeux de certains en crédibilité et en force par son montage douteux.

À tel point que le réalisateur Rob Bliss a dû se justifier sur le réseau social Reddit . Pour lui, l’absence notoire d’hommes blancs dans son film est le fait de problèmes techniques :

"Nous avons eu beaucoup d’hommes blancs, mais pour telle ou telle raison, beaucoup de choses qu’ils ont dites en passant ne sont pas sur l’enregistrement. Vous savez comment c’est, les villes sont bruyantes, beaucoup de gens passent devant la caméra. Donc les scènes qui les représentent sont plus courtes, mais ils étaient en fait aussi nombreux que les autres."

Seulement, ce n’est pas la première fois que le travail de Rob Bliss essuie des critiques de racisme. En 2011, ce tout jeune réalisateur de 25 ans qui a déjà monté sa propre agence de vidéos virales - Rob Bliss Creative - publie un clip sur la ville de Grand Rapids dans le Michigan, État dont il est originaire. À travers un Lip Dub entraînant et réjouissant, il cherche à promouvoir l’image d’une ville "où il fait bon vivre".

Mais pour beaucoup d’internautes, les célébrités locales intervenant dans ce film ne sont en rien représentatives de Grand Rapids. "Notre ville est composée de 57 % de blancs, de 18 % de noirs, de 13 % de latinos. En regardant cette vidéo, on se demande comment ces stars de la télé et leurs figurants représentent vraiment la ville", déplore le GRIID (Grand Rapids Institute for Democracy).

Toujours est-il que Rob Bliss n’est pas le premier à qui est reprochée une approche raciste de la question du harcèlement de rue. En 2012, le documentaire belge "Femme de rue" tourné par l'étudiante bruxelloise Sofie Peeters surreprésentait lui aussi des hommes d’origine étrangère.

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