Elections américaines : tout comprendre à l'affaire des mails qui plombe la campagne d'Hillary Clinton

REBONDISSEMENT – Le FBI a décidé vendredi 28 octobre de relancer une enquête sur la messagerie privée d'Hillary Clinton. Un discrédit qui dure depuis 20 mois maintenant. Explications de cette affaire remontant à l'époque où la candidate démocrate dirigeait la diplomatie américaine.

"Elle ne devrait même pas avoir le droit d'être candidate." Très tôt dans sa campagne, Donald Trump avait cogné sur "l'affaire des e-mails", point faible de sa rivale Hillary Clinton. Et le candidat républicain peut de nouveau se frotter les mains. Le FBI a en effet décidé vendredi 28 octobre de rouvrir une enquête sur la messagerie privée d’Hilary Clinton lorsqu’elle était secrétaire d’Etat. "Dans le cadre d’une affaire distincte, l'agence fédérale a pris connaissance de l’existence de courriels semblant pertinents pour l’enquête", écrit le directeur du FBI, James Comey.  

 

Depuis le début du scandale en mars 2015, Hillary Clinton surfe sur le même credo : "J'ai utilisé un compte privé. Je l'assume. Je suis désolée. Mais après plusieurs années d'enquête rien n'a montré qu'on s'était servi des mails envoyés." La démocrate cherche à présent à dépasser le choc de cette relance surprise de l'affaire, alors que les sondages se resserrent à un peu plus d'une semaine de l'élection. Au niveau national, son avance s'est tassée à 45% des intentions de vote contre 41,6% pour son adversaire républicain.


Pourquoi ce scandale pourrait-il avoir un effet immédiat sur les résultats du scrutin du 8 novembre ? Quelle en est son origine ? De quoi s'agit-il exactement ? LCI fait le tour de la question. 

 

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Emails de Clinton : le FBI relance l'enquête (et potentiellement Donald Trump)

Grand flou entre les communications personnelles et professionnelles

Pour comprendre l'embarras dans lequel se trouve la candidate démocrate, il faut remonter à janvier 2009. Fraîchement nommée secrétaire d'Etat par Barack Obama, Hillary Clinton exige de conserver son téléphone BlackBerry pour ses communications personnelles. Problème : les responsables de la sécurité doutent de la sécurité de l'appareil, et imposent que celui-ci soit déposé dans un coffre quand Hillary Clinton est présente dans l'enceinte du ministère. Las, au fil des mois, elle conserve son téléphone qui, en outre, est connecté à son domicile directement sur un serveur privé, celui de la fondation Bill Clinton.


Durant des années, la secrétaire d'Etat alterne ainsi téléphone pro et perso. Jusqu'à l'été 2015, où le New York Times révèle l'affaire, entraînant le dépôt d'une plainte par une association qui estime, en vertu du Freedom of Information Act, que l'appareil personnel a pu permettre de dissimuler des documents relatifs à la sécurité nationale. Les mails, envoyés et reçus de 2009 à 2013, ont donc conduit la police fédérale à lancer une enquête et à interroger le plus proche entourage de la candidate démocrate à la Maison Blanche, dont Cheryl Mills et Huma Abedin, sa fidèle assistante. Au total, 30.000 messages seront rendus publics par le département d'Etat.

Pas d'infraction, mais une "négligence extrême"

Le FBI s'est intéressé aux informations confidentielles (le premier niveau de classification, concernant environ 2.000 messages), secrètes (65 messages) et "top secrètes" (22 messages qui restent entièrement retenus) qui se sont retrouvées sur ce système de messagerie non gouvernemental.  


Pourtant Hilary Clinton n'aurait commis… aucune infraction. Certes, la loi interdit de communiquer des informations classifiées en dehors du réseau sécurisé prévu à cet effet. Mais à l'époque où ces messages ont été envoyés et reçus par Hillary Clinton, ils n'étaient pas marqués secrets ou confidentiels, ce que martèle la candidate. La classification est intervenue a posteriori, au moment de la mise à disposition du public. La loi fédérale, en outre, n'interdisait pas à l'époque aux ministres de communiquer professionnellement via une messagerie non gouvernementale, bien que la pratique fût découragée.


Début juillet, le FBI a conclu que l'ex-secrétaire d'État avait fait preuve d'une "négligence extrême", tout en recommandant de  ne pas poursuivre Hillary Clinton.  La ministre de la Justice, Loretta Lynch, a dans la foulée décidé de clore l'enquête sans enclencher de poursuites, après s'être engagée à suivre les recommandations de la police fédérale. 

Une boulimie de téléphones

Le FBI a toutefois rendu publiques en septembre des notes d'enquêtes (expurgées des informations confidentielles) retranscrivant l'interrogatoire d'Hillary Clinton et révélant notamment qu'elle avait jonglé avec pas moins de 13 téléphones portables quand elle était secrétaire d'État.


L'inspecteur général du département d'Etat, un organe administratif indépendant, avait également rendu public en mai un rapport d'enquête au vitriol sur les pratiques des chefs de la diplomatie américaine depuis le début des années 2000. Une enquête qui épinglait sévèrement Hillary Clinton : lorsqu'elle était ministre, elle "utilisait des appareils mobiles pour des activités officielles et a largement eu recours à un compte email personnel sur son serveur privé". Or, toujours selon le rapport, "le bureau de l'inspecteur général n'a trouvé aucune preuve que la secrétaire d'Etat avait demandé ou obtenu des directives ou l'approbation pour mener ses activités officielles via un compte email personnel sur son serveur privé".

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