Himalaya : ce que l'on sait du sauvetage sans précédent d'une alpiniste française sur la "montagne tueuse"

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RÉCIT - Une alpiniste française a été secourue à l'issue d'un sauvetage épique mené de nuit sur le Nanga Parbat, surnommée la "montagne tueuse". Souffrant de gelures et de cécité, elle doit être prochainement rapatriée en France. Son compagnon de cordée, lui, n'a pu être secouru.

C'est une course contre la montre épique qui s'est jouée samedi soir, dans les montagnes pakistanaises. C'est là, au sommet du Nanga Parbat qui culmine à 8.125 mètres, qu'une alpiniste française a été secourue in extremis par des confrères polonais, aidés par l'armée pakistanaise. 

Que s'est-il passé ?

Tout a débuté la semaine dernière, quand  l’alpiniste française Elisabeth Revol, 37 ans, et son compagnon de cordée, le Polonais Tomasz Mackiewicz amorcent la descente Nanga Parbat, le neuvième plus haut sommet du monde qu'ils viennent de gravir. Très expérimentés – ils ont déjà tenté deux fois cette ascension -, ils se retrouvent pris dans une tempête. Souffrant de gelures et d'ophtalmie des neiges, et montrant des signes d'oedèmes cérébral et pulmonaire, Tomasz se réfugie dans une cavité, à 7.280 mètres d'altitude. Sa collègue décide de rallier le camp de base, sans eau ni nourriture. Et ce, dans la nuit de vendredi à samedi, alors que le thermomètre affiche -45 degrés. 

Comment les secours se sont-ils organisés ?

Alors que l'alpiniste parvient à redescendre à 6000 mètres, une équipe de secours se met en place : elle est composée de quatre hommes, des Polonais chevronnés qui étaient au Pakistan pour gravir le K2 (le second sommet de la planète). Problème : pour arriver sur la zone, des hélicoptères sont nécessaires. Et les frais pour les affréter avoisinent les 40.000 euros. Une cagnotte est alors mise en ligne samedi par les proches des deux grimpeurs. La somme est rapidement récoltée, et permet de donner le feu vert à l'armée pakistanaise, qui coordonne les secours.

Arrivés sur place, l'équipe se divise : deux hommes restent à 5.200 mètres d'altitude, avec du matériel de secours. Deux autres, le Polonais Adam Bielicki et le Kazakho-Polonais Denis Urubk, partent à la recherche d'Elisabeth. Et ce, en pleine nuit. Ils vont alors accomplir un exploit : gravir un dénivelé de plus de 1000 mètres en 3h30. L'alpiniste pakistanais Karim Shah, qui est en contact avec les membres de cette expédition, a affirmé que ce sauvetage était sans précédent dans l'histoire de l'alpinisme. "Personne n'avait auparavant fait une telle ascension", a-t-il expliqué. "La plupart des gens mettent deux ou trois jours pour le faire et ils ont mis huit heures dans l'obscurité."

Ils retrouvent la Française vers 22 heures, le samedi soir. Le groupe de trois alpinistes décident alors de renoncer à remonter pour secourir le compagnon de cordée. "Le sauvetage de Tomasz est malheureusement impossible. Les conditions météorologiques et l’altitude mettraient la vie des sauveteurs dans un danger extrême. C’est une décision terrible et douloureuse. Notre tristesse est immense.", annonce sur la page Facebook de l'expédition le logisticien.

Comment va la Française?

L'équipe a été évacuée par hélicoptère après une descente de cinq heures et demi dimanche matin de la montagne jusqu'au Camp Un du Nanga Parbat, d'où ils doivent être emmenés à l'hôpital de Skardu, ville de la région de Gilgit-Baltistan. Elisabeth Revol "souffre de gelures et un peu de cécité des neiges", a déclaré Asghar Ali Porik, de l'organisme Jasmine Tours qui avait participé à l'organisation de l'expédition du K2. La Française a depuis été transportée jusqu'à Islamabad, où elle a reçu les premiers soins. Sur les images tournées par Pakistan Mountain News, elle semble affaiblie, mais marche seule. Prochaine étape ?  Un rapatriement en France, pour être admise dans un hôpital spécialisé dans le traitement des gelures.

Les proches des alpinistes tentent également d'organiser une mission pour secourir Tomek Mackiewicz. Mais la tempête fait rage en haut du Nanga Parbat, empêchant l'hélicoptère d'atteindre 7 400 mètres. Le polonais s'ajoute ainsi à la longue liste des victimes de la montagne tueuse : plus de 61 alpinistes y ont trouvé la mort .

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