Hollande aux Etats-Unis : les honneurs d'accord, mais l'économie d'abord

Hollande aux Etats-Unis : les honneurs d'accord, mais l'économie d'abord

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DIPLOMATIE - Pour la première fois en presque vingt ans, un Président français sera reçu à partir de lundi en visite d'Etat à Washington. Si le symbole diplomatique est fort, c'est sur le terrain économique que se jouera la partie pour François Hollande.

Fraîchement célibataire, François Hollande ne s'envole pas moins pour une lune de miel outre-Atlantique. Le Président, qui entame lundi une visite d'Etat de trois jours aux Etats-Unis, n'est que le quatrième chef d'Etat à être ainsi reçu par Barack Obama avec tous les honneurs. Et avant lui, il faut remonter à presque vingt ans pour trouver le dernier Français (Jacques Chirac) à avoir entendu les 21 coups de canon rituels qui l'accueilleront à la Maison-Blanche. Le socialiste ne devrait donc pas bouder son plaisir, comme un pied-de-nez à son prédécesseur qui, bien que surnommé "Sarko l'Américain", n'avait jamais eu droit à tant d'égards.

Histoire d'enfoncer le clou, le séjour commencera lundi à Monticello (Virginie) par une visite de la demeure de Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis (1801-1809) et francophile notoire. En emmenant son hôte dans ce domaine aux caves garnies de grands bordeaux et aux bibliothèque fournies en littérature française, Barack Obama souligne donc l'amitié historique qui lie les deux pays. Après une décennie de refroidissement suite au "non" de Paris à la guerre en Irak, puis à l'inimitié personnelle entre le démocrate et Nicolas Sarkozy, voilà pour les symboles d'une relation apaisée.

"French bashing" économique

Mais si la France a retrouvé son aura diplomatique, c'est sur le terrain économique qu'elle est aujourd’hui l'objet d'un sport très apprécié par les Américains : le "French bashing". Champion de la discipline, le PDG du fabricant de pneus Titan, Maurice Taylor (repreneur de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord) s'était illustré en fustigeant les ouvriers français ne travaillant, selon lui, que "trois heures par jour". Plus récemment, le magazine Newsweek a publié une charge virulente contre la politique économique et fiscale du gouvernement, tout simplement intitulée "La chute de la France".

Et si les Américains continuent d'être les premiers investisseurs étrangers sur le territoire (23%), seulement 13% des entreprises ayant investi dans l'Hexagone en ont une "perception positive", selon un sondage réalisé à l'automne dernier par la chambre de commerce américaine. De leur point de vue, les bâtons placés par le gouvernement français dans les roues de Dailymotion, Netflix et Uber relèvent ainsi d'absurdes réflexes protectionnistes. Et la dénonciation, par François Hollande, des pratiques d'"optimisation fiscale" des géants américains de l'Internet, n'arrange rien à ce décalage avec les acteurs de la nouvelle économie.

Pour tenter de dissiper les malentendus, le Président a donc prévu de se rendre mercredi en Californie. Dans la Silicon Valley, il rencontrera notamment le patron de Google, Eric Schmidt, trente ans tout juste après que Mitterrand y a rencontré le jeune fondateur d'Apple, un certain Steve Jobs. Si la France veut surfer sur la vague de la croissance économique américaine renaissante, c'est donc bien cette troisième journée qui sera la clé de son séjour. Comme le résume la fameuse phrase de Bill Clinton : "It's the economy, stupid".

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