Hollande répond à Trump : l'Europe "n'a pas besoin de conseils extérieurs pour lui dire ce qu'elle a à faire"

POLÉMIQUE - François Hollande et Angela Merkel, entre autres, ont vivement réagi ce lundi aux critiques de Donald Trump sur l'Europe. Ils ont appelé l'UE à davantage d'"unité" et d'"assurance".

A cinq jours de son investiture vendredi 20 janvier, le président élu des Etats-Unis a multiplié les déclarations corrosives, en particulier sur l'Europe et l'Otan, qualifiée d'"obsolète", dans un entretien dimanche 15 janvier aux quotidiens britannique Times et allemand Bild.


Le milliardaire républicain a estimé que le Royaume-Uni avait eu "bien raison" de quitter une Union européenne selon lui dominée par l'Allemagne, a prédit que le Brexit serait un "succès" et que d'autres pays quitteraient l'UE. Il a aussi jugé que la chancelière allemande Angela Merkel avait commis  "une erreur catastrophique" en ouvrant son pays aux migrants en 2015, et a établi un lien entre cette politique controversée et l'attentat du 19 décembre à Berlin (12 morts).

L'Amérique de Donald Trump ne doit pas avoir peur d'elle-même et du mondeFrançois Hollande

A Paris, François Hollande a fermement répliqué à Donald Trump et ses critiques sur l'Union européenne déclarant que celle-ci "n'a pas besoin de conseils extérieurs pour lui dire ce qu'elle a à faire", lors de la remise de la Légion d'honneur à l'ambassadrice américaine, Jane Hartley. "Je vous l'affirme ici : l'Europe sera toujours prête à poursuivre la coopération transatlantique, mais elle se déterminera en fonction de ses intérêts et de ses valeurs", a déclaré le président, qui a également contredit le président élu américain en estimant que l'Alliance atlantique "ne sera obsolète que lorsque les menaces le seront devenues elles aussi".


Quelques heures avant, François Hollande a également rappelé lors d'une intervention au ministère de l'Economie la responsabilité des dirigeants politiques à "se projeter dans le monde entier", et affirmé que l'Amérique de Donald Trump ne devait "pas avoir peur d'elle-même et du monde".  "Si elle commence à prendre peur d'elle-même et du monde, que va-t-elle être capable d'influencer, de produire comme rayonnement, d'attirer?" s'est interrogé le chef de l'Etat.

Je pense que nous les Européens avons notre destin dans nos propres mainsAngela Merkel

Lors d'une conférence de presse à Berlin, Angela Merkel n'a pas souhaité répondre dans le détail, mais a réaffirmé ses positions sur le lien transatlantique ou l'Europe post-Brexit. "Je pense que nous les Européens avons notre destin dans nos propres mains. Je vais continuer de m'engager pour que les 27 États membres travaillent ensemble vers l'avenir (...) face aux défis du 21e siècle", a déclaré ce lundi la chancelière.


"Je pense que l'Union europénne va rester unie, je suis 100% convaincue de cela", a souligné de son côté Federica Mogherini, chef de la diplomatie de l'UE. Elle s'exprimait à l'issue d'une réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Bruxelles largement accaparée par les propos de Donald Trump, entre appels au front uni de l'UE et volonté de dédramatiser. 


"La meilleure réponse à l'interview du président américain, c'est l'unité des Européens", a plaidé Jean-Marc Ayrault lors de cette réunion. Même son de cloche du côté du candidat à la primaire de gauche, Manuel Valls, sur Twitter.

Les Etats-Unis vont conserver leur engagement fort dans l'OtanJens Stoltenberg

Pour sa part, l'Otan a redit sa "confiance absolue" dans le maintien d'un "engagement fort" des Etats-Unis, au moment où certains pays européens - en particulier ceux situés sur le flanc Est de l'Alliance - s'inquiètent de l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, synonyme de possible détente avec Moscou.


En sortant d'un rendez-vous avec le chef de l'Otan Jens Stoltenberg, le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier n'a pas caché l'"inquiétude" de l'Alliance atlantique. Parler d'une Otan "obsolète", a-t-il toutefois relevé, c'est "en 

contradiction avec ce que le (futur) ministre de la Défense américain a dit lors de son audition à Washington il y a seulement quelques jours". James Mattis, ancien général des Marines choisi par Donald  Trump pour diriger le Pentagone, avait mis en garde contre la volonté du président russe Vladimir Poutine de "casser" l'Otan.

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