Huit alpinistes tués depuis le début de la saison : l'Everest, victime de son succès

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ALPINISME - Quatre nouveaux alpinistes ont péri sur l'Everest, ont annoncé vendredi des organisateurs d'expéditions, portant à huit le nombre de morts cette saison sur le toit du monde. En cause : la fréquentation croissante du lieu, créant de dangereux embouteillages.

C'est une photo qui, ces dernières semaines, est largement relayée sur les réseaux sociaux. On y voit des dizaines d'alpinistes, faire la queue sur une fine crête montagneuse. Signe particulier : la scène se déroule sur le sommet du monde, l'Everest. C'est là où deux décès ont eu lieu, jeudi 23 mai, portant à huit le nombre d'alpinistes tués ces dernières semaines.


Donald Lynn Cash, un Américain de 55 ans, s'est effondré au sommet alors qu'il prenait des photos. Anjali Kulkarni, une Indienne est, quant à elle, morte durant la descente après avoir atteint le sommet. L'organisateur de l'expédition d'Anjali Kulkrani, Arun Trek, en est convaincu : l'encombrement au sommet est responsable du drame, la descente ayant été retardée. "Elle a dû attendre un long moment pour atteindre le sommet et descendre", a expliqué Thupden Sherpa. "Elle ne pouvait descendre seule et est morte pendant que les guides Sherpas la descendaient". De l'autre côté de la montagne, un alpiniste autrichien de 65 est mort jeudi sur la voie tibétaine, moins fréquentée que la népalaise. Un guide népalais de 33 ans a lui succombé au camp de base, après être tombé malade au camp 3 à 7.158 mètres d'altitude.

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Retour sur la première expédition française au sommet de l'Everest

Déjà 550 grimpeurs parvenus au sommet cette saison

Si des accidents mortels sont recensés chaque année dans l'Himalaya, cette saison devrait être sans précédent en raison de la fréquentation touristique exceptionnelle au Népal. En effet, plus de 200 alpinistes ont profité mercredi 22 mai du temps clair pour grimper, depuis le Népal et la Chine, sur le sommet qui culmine à 8.848 m. À la date de jeudi, environ 550 grimpeurs étaient parvenus en haut de l'Everest cette année, selon des données collectées par les autorités népalaises.


Les quatre décès de cette semaine ne sont pas les premiers de la saison : un alpiniste indien est mort la semaine dernière et un alpiniste irlandais de la même expédition est présumé mort après avoir glissé et être tombé. Parallèlement, six autres grimpeurs étrangers ont péri sur des 8000 m du Népal. A titre de comparaison, sur l'Everest l'année dernière, "seulement" cinq personnes avaient perdu la vie. 

Un nombre record de permis délivrés pour gravir l'Everest

Comment expliquer cette fréquentation en hausse ? La libéralisation de l'ascension de l'Everest par les autorités népalaises dans les années 1990 n'y est pas étrangère. Elle a encouragé des expéditions commerciales et multiplié les alpinistes sur les parois. Cette année, le Népal a émis pour la saison de printemps le nombre record de 381 permis, au prix unitaire de 11.000 dollars, selon les dernières données disponibles, faisant naître des craintes d'embouteillages sur la route du sommet. Chaque titulaire d'un permis étant accompagné d'un guide, cela signifie qu'environ 750 personnes s'élanceront sur la même voie en quelques semaines. Au total, le nombre d'alpinistes sur l'Everest pourrait cette année dépasser le record atteint l'an dernier qui avait vu 807 personnes atteindre le sommet. 


En outre, le timing pendant lequel ces expéditions peuvent se dérouler s'avère particulièrement serré. La haute saison de l'Everest dure en effet de fin avril à fin mai : à cette période, la météo offre une courte fenêtre de conditions moins extrêmes dans ces hauteurs glacées et impropres à la vie.


Par ailleurs, ce "tourisme de masse" impacte les voyageurs mais aussi l'environnement. Car le plus haut sommet du monde est confronté à une accumulation de déchets laissés par les randonneurs. Tentes, matériel, bonbonnes de gaz, ou encore excréments… les déchets s'accumulent en haute montagne. Durant la période d'ascension qui a débuté au printemps, une entreprise chinoise a installé au plus haut camp de base du Tibet des WC "écologiques". Temporaires, ils seront démantelés à la fin de la saison.

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