"Ici, il n'y a pas de virus" : face au Covid-19, la Biélorussie, (presque) comme si de rien n'était

Le samedi 28 mars, à Minsk, la capitale biélorusse.
International

NON CONFINEMENT - Se refusant à arrêter le pays pour endiguer la pandémie de Covid-19, la Biélorussie figure l'exception qui confirme la règle en Europe.

Nous sommes en mars 2020. Toute l'Europe est confinée. Toute ? Non ! Un irréductible pays, la Biélorussie, résiste encore et toujours, non pas à l'envahisseur, le désormais fameux Covid-19, qui y a justement les coudées plus franches qu'ailleurs, mais au confinement généralisé mis en place non seulement à échelle européenne, mais aussi mondiale, puisque plus de 3,3 milliards d'individus, soit plus de 40% de la population de la planète, sont aujourd'hui concernés par ces mesures restrictives interdisant déplacements et rassemblements. 

Ici, il n’y a pas de virus- Alexandre Loukachenko, le président biélorusse

Ainsi, ces images d'un autre temps, d'axes routiers noirs de monde, de commerces non essentiels ouverts, de foules massives sur les trottoirs des grandes villes, ou encore d'un championnat de football qui continue, avec du public. Il s'agit d'un des trois derniers dans le monde, avec celui de Myanmar (ex-Birmanie), du Nicaragua et du Burundi. Vendredi 27 mars, lors du match entre le Rukh Brest et l'Energetik-BGU Minsk, les joueurs ont dû pousser le culot, ou l'ironie (c'est selon), jusqu'à arborer, juste avant le coup d'envoi, des t-shirts sur lesquels on pouvait lire, en anglais dans le texte : "Nous jouons pour le monde."

A ce jour, l'ex-république soviétique, dernière dictature d'Europe, située aux portes de l'Union européenne, ne compte que 94 cas officiellement recensés de nouveau coronavirus, et aucun décès. Son président, Alexandre Loukachenko, en poste depuis 1994, a participé samedi à un tournoi de hockey sur glace à Minsk, la capitale biélorusse. "Ici, il n’y a pas de virus, parce que c'est comme un frigo. Le sport, et surtout les sports d'hiver, sont le meilleur moyen de combattre le coronavirus", a-t-il sérieusement déclaré en marge de cet événement, appelant au passage ses 9,5 millions de concitoyens à "boire de la vodka, aller au sauna et travailler dur".

La semaine dernière, le chef d'Etat a même dénoncé une "psychose", affirmant que la "panique" en découlant était plus dangereuse que le virus lui-même. Habitué des envolées verbales, il avait auparavant explicitement demandé à la population de continuer à aller aux champs et à conduire des tracteurs, que son pays produit en masse , arguant que "le tracteur guérit tout le monde". Il en a remis une couche ce samedi, assurant : "Mieux vaut mourir dignement que vivre à genoux".

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Le Covid-19 est pourtant bien un sujet de préoccupation dans le pays. Les journaux des télévisions publiques ont soudainement commencé cette semaine à parler de la pandémie... Mais ils répètent qu'un confinement généralisé n'est pas une solution. En parallèle, les plus de 65 ans sont invités à rester chez eux et les élèves autorisés à ne pas venir en classe. Aux heures de pointe, le métro n'est plus rempli, de nombreuses entreprises étant passées au télétravail. Mais bars, cafés, salles de sport et magasins restent ouverts, sans consignes particulières à destination des clients.

"C'est comme s'ils n'étaient au courant de rien"

Un paradoxe que l'on retrouve dans les stades de football, où des stewards gantés et masqués examinent avec des caméras thermiques la température des supporters à l'entrée. "Même si on est venus ici, on essaie de s'isoler, on se tient à l'écart, on est venus en voiture, on s'est lavé les mains 10 fois", explique ainsi à l'AFP Igor, 33 ans, venu assister au derby entre le FK Minsk et le Dinamo, tout en exprimant une forme d'étonnement, notamment à la vue des spectateurs presque tous torse nu dans les kops  : "C'est comme s'ils n'étaient au courant de rien, ils vont et viennent, ils sourient."

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Les autorités justifient la souplesse des mesures par le strict confinement des malades. La vice-ministre de la santé, Elena Bogdan, a récemment affirmé que tous les porteurs du coronavirus, même asymptomatiques, étaient isolés et hospitalisés. Les gens les ayant côtoyés sont, quant à eux, mis en quarantaine, tandis que le contrôle aux frontières est devenu plus strict. Sévèrement réprimée, l'opposition biélorusse dénonce, de son côté, une politique mortifère. "Les autorités préparent d'énormes économies sur les pensions de retraites", a carrément lancé l'opposant Mikola Statkevitch dans un message vidéo. D'autres ont une explication plus terre à terre encore : le pays affronte de grandes difficultés économiques. "Et avec le ralentissement mondial, la situation est encore pire", souligne dans une note l'analyste Artiom Chraïbman. Selon lequel "Loukachenko a décidé qu'arrêter l'économie serait suicidaire".

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