Il a été élu à la tête du Brésil il y a un an : quel bilan pour Jair Bolsonaro ?

Il a été élu à la tête du Brésil il y a un an : quel bilan pour Jair Bolsonaro ?
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Jair Bolsonaro et l'extrême-droite s'installent à la tête du Brésil

PREMIER BILAN - Il y a un an jour pour jour, un candidat d’extrême droite accédait à la tête du Brésil, pays dirigé par la gauche pendant 13 ans. Aujourd’hui, Jair Bolsonaro, ancien militaire de 64 ans, conduit une politique ultra-libérale, se revendique ouvertement climatosceptique et opprime les minorités brésiliennes. Quel premier bilan pour celui que l’on surnomme le "Trump des Tropiques" ?

Il a été élu il y a un an, après une campagne sur les thèmes de l'insécurité et de la corruption, sur fond de rejet de la classe politique. Un an plus tard, le président brésilien Jair Bolsonaro, fortement critiqué sur la scène internationale, doit assumer un premier bilan au pouvoir. Quelles leçons peut-on en tirer ?

Privatisations et coupes budgétaires pour éponger la dette

Outre la fin de la corruption et la sécurité, Jair Bolsonaro a été élu sur la promesse d’améliorer le niveau de vie dans le pays. Avec 13 millions de chômeurs, un chiffre en hausse, et un déficit public qui atteindrait 90 % du PIB selon le Fonds monétaire international (FMI), l’économie au Brésil se porte mal. Et ce malgré les mesures entreprises par le gouvernement. Après huit mois intenses de négociations, la réforme des retraites conduite par le ministre de l’Economie Paulo Guedes a été adoptée par le Sénat il y a six jours. Alors que la dette explose dans le pays, la mesure a pour but d’inverser la tendance en économisant 200 milliards d’euros d’argent public. Elle instaure un âge minimum de départ à la retraite, de 62 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes. Les militaires, eux, ne sont pas impactés par la réforme. 

La politique d’austérité menée par Bolsonaro n’est pas nouvelle pour la population brésilienne, voilà même des années qu’elle en fait les frais. Cette fois, c’est le monde universitaire qui souffre tout particulièrement avec des coupes budgétaires à hauteur de 30 %. En mai dernier, le gouvernement a annoncé des coupes dans le budget de l’enseignement supérieur de 1,16 milliard d’euros, impactant le fonctionnement des universités et l’entretien des bâtiments. De nombreuses manifestations se sont déroulées pour protester contre ces mesures, avec un million et demi de Brésiliens dans les rues au mois de mai dernier. Un temps, le ministre de l’Education Abraham Weintraub a également évoqué la disparition de l’enseignement de la philosophie et la sociologie dans les facultés. 

Un premier volet de privatisations d’entreprises publiques avait été initié par l’ancien président Michel Temer. Le second est intervenu assez rapidement après la prise de fonction de Jair Bolsonaro. Une vingtaine d’entreprises publiques sont en cours de privatisation ou ont déjà été privatisées : aéroports, autoroutes, entreprises de distribution d’énergies régionales ou agences publiques telles que l’Ibama, l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables, ou la Funai, la Fondation nationale de l’indien. En août, le gouvernement a donné son feu vert pour la privatisation de la compagnie électrique publique Electrobas, lui permettant de récupérer 4 milliards de d’euros et d’éponger ainsi la dette. 

Un record d'armes importées et des violences en hausse

Jair Bolsonaro n’a jamais caché son penchant pour les armes et avait fait de leur libéralisation une promesse de campagne. Une fois au pouvoir, ce dernier a dans un premier temps libéralisé la possession et le port d’armes avant de se rétracter en juin devant l’opposition du Sénat. "Je ne peux rien faire. Je ne suis pas un dictateur, je suis un démocrate", avait alors déclaré le chef de l’Etat face à la presse. Toujours est-il que 37 300 armes de poing ont été importées dans le pays entre le mois de janvier et d’août 2019, un nombre record.

Et les violences sont encore en hausse dans l’un des pays réputés les moins sûrs au monde. Dans l’Etat de Rio de Janeiro, le nombre de victimes de violences policières a augmenté de 16 % en 2019.  Et ce sont les minorités du pays, pour lesquelles le président ne prend aucune mesure de protection, qui sont en première ligne, telles que la communauté LGBT ou les populations autochtones. Plusieurs chefs indigènes ont été assassinés par des orpailleurs, des chasseurs d’or, dans l’indifférence politique. L’une des conséquences de ce climat tendu est l’exil en Europe de nombreux opposants politiques et militants des droits de l’Homme et de l’environnement. 

Des liens étroits avec le lobby agroalimentaire

Cet été, le président brésilien a été propulsé sur le devant de la scène diplomatique avec le dossier de l’Amazonie, en proie à de terribles incendies. Si face à la pression internationale, il a tenté de donner quelques gages de bonne volonté en envoyant l’armée éteindre les feux, Jair Bolsonaro entretient des liens étroits avec l’industrie agroalimentaire, responsable de la catastrophe amazonienne. Les "fazendeiros" sont ces propriétaires terriens qui pratiquent la technique des brûlis en toute impunité pour exploiter les sols à des fins agricoles. Et ce sont ces brûlis qui provoquent de gigantesques feux de forêt. Le chef de l’Etat a déjà affirmé à plusieurs reprises son souhait de transformer la terre amazonienne en un gigantesque terrain de jeu pour les multinationales. Et le gouvernement entreprend des mesures en faveur de ces exploitations agricoles, comme lorsqu'il a autorisé, en mai dernier, la mise sur le marché de 152 pesticides particulièrement nocifs. 

Si l’on s’en tient aux chiffres, la déforestation en Amazonie a bondi de 93 % sur les neufs premiers mois de l’année par rapport à la même période l’an dernier. Ainsi, 7 853 km2 de forêt amazonienne ont été dévastées contre 4 075 km2 à la même période l’an dernier. Ces données fournies par l’Institut de recherche spatiale du Brésil (INPE) ne peuvent être directement imputées à la politique menée par Jair Bolsonaro, le suivi étant fait à cheval sur deux années et ce dernier n’étant arrivé qu’en janvier. Pour autant, le président n’est pas étranger à la situation catastrophique en Amazonie. L’archéologue Stéphen Rostain constatait d’ailleurs auprès de LCI que "le pillage de l’Amazonie est devenu systématique" sous son mandat. Jair Bolsonaro ambitionne également de chasser les peuples indigènes pour exploiter leurs terres, qui sont actuellement des zones protégées par la loi. Ce dernier avait souhaité transférer leur supervision au ministère de l’Agriculture, jusqu’alors gérée par la Fondation nationale de l’indien, avant de se faire retoquer par la Cour suprême au mois d’août. 

Fin août, le président français Emmanuel Macron a retiré son soutien à l'accord commercial entre l'Union européenne et le Mercosur, estimant que le président brésilien ne respectait pas les engagements internationaux pour le climat. 

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