Incendies meurtriers en Californie : San Francisco plus polluée que Pékin ou New Delhi

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POLLUTION - Ce week-end encore, une épaisse fumée stagnait dans de nombreuses communes de Californie. Il s'agit du "pire épisode de pollution atmosphérique de l'histoire du nord" de cet Etat américain. Les taux de microparticules y ont dépassé les niveaux des mégalopoles asiatiques.

Conséquence des incendies qui ravagent le nord de la Californie : un épais brouillard a envahi la région. À San Francisco, les écoles ont été temporairement fermées vendredi, les mythiques tramways sont restés à l'arrêt et les rares personnes qui osaient sortir leur nez dehors le couvraient immédiatement d'un masque. Le big Game", un match de football qui devait voir s'affronter samedi l'université de Berkeley et celle de Stanford a été repoussé. 


Car cette épaisse fumée n'est pas sans conséquence, elle contient une foule de particules fines, une pollution extrêmement dangereuse.

Becky Dearing, une sexagénaire qui présente une maladie respiratoire chronique, décrit la situation aux alentours de Paradise : avec la fumée présente, "vous avez limite l'impression que vous êtes en train d’étouffer." Et elle n'est pas la seule à en avoir souffert, les services d'urgence ont enregistré une hausse des prises en charge pour problèmes respiratoires. 


"Depuis que nous avons commencé à mesurer la qualité de l'air, c'est le pire épisode de pollution atmosphérique de l'histoire du nord de la Californie", a assuré John Balmes de l'Agence pour la qualité de l'air de l'Etat de Californie, à nos confrères des Echos. "Si cette qualité de l'air causée par les incendies de forêts n'alertent pas les gens", ajoutait-il dans les colonnes du New York Times, "je ne sais pas ce qui le fera".

Selon des études récentes, les microparticules issues de feux de bois peuvent se loger dans les replis du tissu pulmonaire et avoir des conséquences longtemps après que les épisodes de pollution soient terminés : allergies, asthmes, difficultés respiratoires. Une étude scientifique portée sur 1,2 million de visites aux urgences à l'été 2015 révèle un lien indéniable entre épisodes de pollution atmosphérique, crises cardiaques, AVC et infection respiratoires, notamment chez les personnes de plus de 65 ans.


La taille de ces particules fines leur permet de s'insérer partout, jusque dans notre sang. Les microparticules dont les taux ont explosé ces derniers jours n'excèdent par 2,5 micromètres de diamètre. A titre de comparaison, un cheveu humain mesure entre 50 et 70 micromètres.


A San Francisco, les relevés ont enregistrés jusqu'à 240 microgrammes de ces particules (PM2.5) par mètre cube, sept fois plus qu'habituellement. Dans certains villes de la région, ces taux ont même explosé le compteur, dépassant les 400 µg/m3.

Le chercheur Robert Rhode confirme que les villes de Sacramento, San Francisco ou encore Stockton ont enregistré des niveaux de pollution record. Il était plus néfaste de respirer l'air de ces villes que celle pourtant peu recommandable des mégalopoles asiatiques comme Pékin ou New Delhi. Selon lui, ces épisodes vont devenir de plus en plus récurrent : le changement climatique créé de plus en plus de conditions "favorables" au déclenchement des feux de forêt (v. l'animation ci-dessous).


Pour autant, le chef d'Etat n'a pas reconnu l'impact de ce réchauffement climatique. Il a "peut-être un peu contribué" à la situation, a-t-il reconnu du bout des lèvres, mais selon lui, "le plus gros problème, c’est la gestion. La zone où a débuté l'incendie "aurait dû être nettoyée, il n’y aurait pas eu de feu", a affirmé Donald Trump sur Fox News.

Selon une étude de Berkeley Earth, respirer en Californie ces derniers jours équivalaient à fumer entre 15 à 20 cigarettes par jour. Pour limiter les effets sur sa santé, les habitants étaient invités à porter des masque N95 ou P100, des masques similaires à ceux que portent les pompiers et les seuls efficaces contre la pollution atmosphérique - les masques chirurgicaux, bien que portées dans de nombreuses villes sur-polluées, ne sont efficaces que contre les germes. 

La fumée était moins présente ce lundi matin mais les taux de PM2,5 restent importants. Les autorités conseillent aux personnes fragiles d'éviter toute activité extérieure.

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