Inde : Narendra Modi, futur Premier ministre controversé

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PORTRAIT - La large victoire du parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP) aux élections législatives en Inde vendredi va propulser au pouvoir le controversé Narendra Modi. Découvrez qui est le futur Premier ministre indien.

Une nouvelle ère s'ouvre en Inde, celle de Narendra Modi. Après dix ans de présence au pouvoir, le parti du Congrès de Rahul Gandhi, l'héritier de la plus fameuse dynastie indienne, a essuyé une cuisante défaite aux élections législatives. Les résultats partiels dévoilés vendredi, quatre jours après le scrutin, sont sans appel : le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP), à droite sur l'échiquier politique, emmenée par Modi s'achemine vers une majorité absolue, une première en 30 ans pour un parti sans alliances.

Alors que son rival de 43 ans, décrit comme "sans consistance" par un télégramme diplomatique américain de 2007 dévoilé par Wikileaks , a, tout au long de la campagne, souffert de son manque de charisme, Modi a monopolisé l'attention. Notamment grâce à une promesse : incarner un pouvoir fort, à même de relancer l'économie indienne. Vendredi, à l'occasion de sa première prise de parole publique depuis la victoire, le futur dirigeant de 63 ans en a fait une autre, celle de "faire avancer l'Inde pour réaliser les rêves des 1,2 milliard d'Indiens".

Modi le "marchand de morts"

Modi se pose en rassembleur, alors même que son cas divise profondément. Ce fils de vendeur de thé, qui a gravi de façon vertigineuse l'échelle sociale indienne, traîne son passé controversé comme un boulet. En cause, sa passivité durant les émeutes intercommunautaires de 2002 qui ont ensanglanté l'Etat du Gujarat, qu'il dirige depuis 2001. Le 27 février 2002, un train rempli de pèlerins hindous est victime d'un incendie criminel qui fait une soixantaine de morts. Les représailles seront terribles pour la communauté musulmane, violemment pourchassée plusieurs jours durant. Entre 1000 et 2000 personnes perdront la vie, sans émouvoir Modi.

Sa bienveillance à l'égard des foules vengeresses lui vaudra, relate Le Monde , d'être qualifié de "marchand de morts" par Sonia Gandhi, la présidente du parti du Congrès, et de "Néron des temps modernes" par la Cour suprême. Reste que la justice indienne n'a jamais pu établir sa responsabilité dans la tragédie. Comment, alors, gommer une tache a priori indélébile ? En suivant le modèle chinois, une source d'inspiration. Après le massacre de Tiananmen en 1989, Pékin avait redoré son blason en encourageant, avec succès, les réformes économiques. Soit exactement la recette appliquée par Modi dans le Gujarat, avec la même efficacité. Entre 2005 et 2012, cet Etat côtier du nord-ouest de l'Inde a affiché une croissance annuelle moyenne de 10,13%.

La magie n'opère pourtant pas pour tout le monde. Pour ses adversaires, sa bonne gouvernance masque en fait une centralisation du pouvoir virant à l'autoritarisme. "Le culte de la personnalité autour de Modi a atteint des niveaux jamais vus depuis des années dans ce pays", relevait l'éditorialiste Mihir Sharma en avril dans le Business Standard . Initié à l'idéologie nationaliste hindoue lors de sa jeunesse passée au sein du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), une organisation aux méthodes paramilitaires interdite plusieurs fois depuis l'indépendance, Modi s'est évertué à lisser son image durant la campagne, en s'abstenant par exemple de mettre en avant les revendications nationalistes les plus radicales du programme du BJP. Inquiètes, les minorités religieuses attendent désormais de savoir quel Modi exercera le pouvoir.

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