Inde : une trentaine de personnes tuées à cause de "fake news" sur Whatsapp

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RUMEURS MORTELLES - Une trentaine de personnes ont été tuées ces derniers mois en Inde lors d'agressions collectives provoquées par des "fake news" sur la présence de prétendus ravisseurs d'enfants.

Quand les "fake news" sont synonymes d'agressions mortelles. Depuis quelques mois, environ trente personnes ont été tuées en Inde selon les médias locaux. En cause : de fausses rumeurs circulant sur WhatsApp sur la présence de prétendus ravisseurs d'enfants. 

Le dernier drame s'est déroulé dimanche, quand une foule s'en est prise à huit hommes dans le district de Dhule (Maharashtra), à 300 km au nord-est de la capitale économique Bombay. D'après la police, l'agression a débuté après que les habitants ont vu l'un des membres du groupe parler à un enfant à la descente d'un bus près du village de Rainpada. "Ils ont été pris à partie par les locaux qui s'étaient rassemblés pour le marché du dimanche et les soupçonnaient d'être des kidnappeurs d'enfants", a déclaré le chef de la police de Dhule. Trois des victimes sont parvenues à s'échapper mais les cinq autres ont été traînées au siège du conseil du village, où elles ont été battues à mort. Au total, 23 personnes ont été arrêtées.

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"Certains les ont même frappées avec des bâtons"

La semaine dernière, c'est la ville d'Ahmedabad qui a été le théâtre d'une scène tout aussi dramatique : persuadées d'avoir affaire à l'un de ces "gangs", une centaine de personnes ont ainsi attaqué une mendiante de quarante-cinq ans, Shantadevi Nath, ainsi qu'à trois femmes qui se trouvaient avec elle. "Les gens dans la foule ont matraqué à coups de poings et de pieds les quatre femmes. Certains les ont même frappées avec des bâtons et les ont tirées par les cheveux ", a expliqué le responsable policier JA Rathwa. 

Le même message viral, selon lequel des trafiquants étaient arrivés en nombre au Gujarat pour enlever des enfants dans le but de les vendre, a causé quatre autres épisodes de violences le même jour dans cette région industrialisée. Les victimes sont généralement des personnes étrangères à la zone où elles sont attaquées, et par là perçues comme de potentiels ravisseurs par les résidents. Les personnes lynchées dimanche à Rainpada habitaient par exemple à 400 km du lieu de leur agression.

Si la présence de ravisseurs n'est pas avérée, les enlèvements d'enfants constituent bel et bien un réel fléau en Inde. Près de 90.000 mineurs disparaissent chaque année dans le pays. Cependant les rumeurs infondées, dont la diffusion est amplifiée par les nouveaux moyens de communication numériques que les Indiens adoptent en masse, provoquent ces derniers temps des épisodes d'hystérie collective. Pour tenter d'éviter de nouveaux dérapages, quelques initiatives officielles localisées ont eu lieu de façon ponctuelle. Au Tamil Nadu (sud) en mai, les autorités ont ainsi recouru à des hauts-parleurs pour mettre en garde la population contre les rumeurs. En Uttar Pradesh (nord), la police utilise elle-même WhatsApp pour propager de courts messages vidéos.

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