Catalogne : deux dirigeants séparatistes placés en détention pour "sédition"

INDÉPENDANCE - Lundi 16 octobre, un juge d'instruction espagnol a décidé du placement en détention de deux dirigeants des principales associations indépendantistes catalanes. Une "provocation de l'Etat espagnol" pour l'exécutif catalan.

Deux dirigeants des principales associations indépendantistes catalanes ont été placés en détention par un juge d'instruction, lundi 13 octobre dans la soirée. Un geste qui risque de compliquer encore davantage les relations entre Madrid et Barcelone alors que Carles Puigdemont, chef de l'exécutif catalan, vient de proposer un délai de deux mois à Madrid pour négocier sur l'indépendance. D'autant que les deux associations séparatistes font partie de celles qui ont une grande capacité de mobilisation en Espagne. Jordi Sanchez et Jordi Cuixart ont ainsi été inculpés pour sédition par l'Audience nationale, le tribunal chargé notamment des affaires de sécurité nationale. Ils ont tous deux été écroués à la prison de Soto del Real, non loin de Madrid, en début de soirée.

   

L'annonce de leur placement en détention a entraîné dans toute la Catalogne des concerts de casseroles, en signe de protestation, alors que l'Espagne s'enfonce chaque jour un peu plus dans une crise politique sans précédent depuis qu'elle a retrouvé la démocratie. Cette crise oppose Madrid aux séparatistes au pouvoir dans cette région grande comme la Belgique et qui menacent de déclarer l'indépendance de manière unilatérale, sur le fondement d'un référendum d'autodétermination organisé le 1er octobre malgré son interdiction par la justice et qu'ils estiment avoir remporté avec 90% des voix et 43% de participation. 

Une "provocation" de la part de Madrid, dit Barcelone

Jordi Cuixart et Jordi Sanchez sont soupçonnés par l'Audience nationale d'avoir encouragé des centaines de personnes le 20 septembre à Barcelone à bloquer la sortie d'un bâtiment où des gardes civils menaient des perquisitions, en lien, justement, avec l'organisation du référendum. Ces gardes civils y étaient restés bloqués jusqu'au milieu de la nuit. Les associations de Jordi Cuixart et de Jordi Sanchez, Omnium Cultural et l'Assemblée nationale catalane (ANC), sont les fers de lance de l'indépendantisme en Catalogne, une communauté autonome divisée presque à parts égales entre les partisans du maintien au sein de l'Espagne et ceux de la sécession.

   

Le porte-parole du gouvernement séparatiste catalan a qualifié ce lundi soir de "provocation de l'Etat espagnol" le placement en détention des deux hommes inculpés pour "sédition", appelant cependant leurs sympathisants à rester pacifiques. "Nous avons à nouveau, tristement, des prisonniers politiques" en Espagne, a de son côté estimé le président indépendantiste catalan Carles Puigdemont dans un message posté en anglais sur son compte Twitter. "Liberté aux Jordis", lisait-on sur l'affiche d'un des manifestants, environ 400, massés sur une place du centre de Barcelone vers minuit.

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Ces détentions interviennent alors que Madrid a donné lundi un ultime délai de trois jours au président séparatiste pour qu'il revienne à la légalité. Depuis une semaine, Carles Puigdemont laisse planer la possibilité d'une déclaration unilatérale d'indépendance, laissant entendre, sans le dire ouvertement, qu'il a "suspendu" cette déclaration en vue d'un dialogue avec  Madrid. "Nous espérons que dans les heures qui viennent (...) vous répondrez avec la clarté que tous les citoyens exigent", a écrit le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy à Carles Puigdemont, soulignant qu'il n'avait plus que trois jours, jusqu'à jeudi 10h, pour revenir dans le droit chemin.

   

Il répondait ainsi à une lettre du président catalan qui lui faisait part de son souhait de "dialoguer pour les deux prochains mois", tout en s'abstenant de préciser noir sur blanc, comme Madrid l'exige, si sa région avait ou non proclamé l'indépendance. Le chef de l'exécutif catalan a laissé aussi planer le doute sur l'objet de ce dialogue, évoquant "le souhait du peuple catalan" de "commencer son chemin en tant que pays indépendant". Bien que la société catalane soit profondément divisée, Carles Puigdemont estime avoir un "mandat" pour faire sécession en s'appuyant sur le référendum d'autodétermination du 1er octobre, qui a été boycotté par l'opposition.

Un risque de suspension de l'autonomie de la Catalogne

S'il persiste, le gouvernement central pourrait suspendre totalement ou partiellement de l'autonomie de la Catalogne, du jamais vu en Espagne depuis la dictature de Francisco Franco (1939-1975). Beaucoup craignent cependant qu'une telle mesure n'entraîne des troubles en Catalogne, une région de 7,5 millions d'habitants très attachée à sa langue et à sa culture. Le chef du gouvernement espagnol continue pour sa part à refuser tout dialogue tant que les séparatistes ne lèveront pas leur menace de proclamer unilatéralement l'indépendance.


Il ne veut pas entendre parler de médiation, et les Etats membres de l'Union européenne non plus, pour ne pas ouvrir la boîte de Pandore des sécessions sur le continent. Les milieux d'affaires ont également appelé Carles Puigdemont à faire marche arrière, des centaines d'entreprises ayant d'ores et déjà fui la région, qui compte pour 19% du PIB espagnol. Le gouvernement espagnol a d'ailleurs annoncé lundi soir qu'il révisait à la baisse sa prévision de croissance pour 2018, à 2,3%, contre 2,6%, en raison principalement de l'"incertitude" liée à la crise en Catalogne, dans un document envoyé lundi à Bruxelles. Mais le président séparatiste fait aussi l'objet de pressions dans son propre camp, où les plus radicaux l'encouragent à aller de l'avant et à proclamer la naissance de la "République de Catalogne". D'autres manifestations sont prévues mardi, tout au long de la journée.

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