Inflation, pénurie alimentaire, pillages : le Venezuela s'enfonce dans un gouffre

Inflation, pénurie alimentaire, pillages : le Venezuela s'enfonce dans un gouffre

CRISE - La chute du cours pétrolier, la sécheresse et l'instabilité politique ont plongé le Venezuela dans une crise sans précédent. Les étalages sont vides, le système de santé se dégrade et le président Nicolas Maduro s'accroche à son trône. Explications.

Crise pétrolière, pénurie de nourriture, coupure d’électricité, inflation… Le Venezuela s’enfonce depuis plusieurs mois dans une crise multiple : économique, énergétique et politique. Le pays, qui dispose d’un sous-sol riche en hydrocarbures, subit de plein fouet la baisse des cours du pétrole, le passage du phénomène climatique El Niño ainsi que le bras de fer entre le gouvernement "chaviste" qui a perdu sa majorité au Parlement et l’opposition. 

La détresse est telle qu’environ 500 Vénézuéliens ont forcé la frontière avec la Colombie mardi 5 juillet (fermée depuis près d'un an) afin d'acheter des produits de première nécessité (riz, café, sucre, savon, couches pour bébé, papier hygiénique…) qu’ils ne trouvent plus sur les étalages vides de leurs grandes surfaces.

Comment a débuté la crise économique ?
Alors qu’il abrite les plus importantes réserves pétrolières au monde et qu’il en tire plus de 96 % de ses revenus, le Venezuela traverse sa plus grave crise depuis 30 ans. Et la situation économique est chaotique. "Le problème de fond du Venezuela, c'est la monoculture pétrolière", a indiqué à  Francetv info  Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'institut de relations internationales et stratégiques et spécialiste de l'Amérique latine. "Le pays n'a pas anticipé la baisse du cours du pétrole, la chute de la demande chinoise… Et n'a jamais cherché à diversifier son économie", note le chercheur.

Les revenus générés par le pétrole en 2013 s’élevaient à 80 milliards de dollars contre 20-25 milliards en 2015. Et les dégâts sont considérables. Le président Nicolás Maduro qui a prolongé en mai, "l’état d’exception et d’urgence économique", admet lui-même que la situation est devenue "catastrophique". Notamment pour le système de santé qui se dégrade un peu plus chaque jour. Les hôpitaux manquent de moyens, de matériel et même de savon pour les chirurgiens.

L’état catastrophique des hôpitaux
Dans un article paru le 15 mai dernier, le  New York Times  a levé le voile sur la détresse des personnels de santé vénézuéliens. Le chirurgien Christian Pino de l’hôpital des Andes, dans la ville de Merida, a dressé l’effroyable portrait d’une équipe désemparée, sans aucun moyen : "il n’y avait pas assez d’eau pour nettoyer le sang de la table d’opération. Les docteurs qui se préparaient à opérer se lavaient les mains avec des bouteilles d’eau gazeuse". A l’hôpital Luis Razetti dans la ville de Barcelona, le docteur Leandro Perez a dénoncé le manque de lits : "Certains patients s’allongent par terre dans des flaques de leur propre sang".

Les origines de la crise énergétique
A cela s’ajoute une crise énergétique liée au phénomène climatique El Niño, très répandu en Amérique latine. Depuis février, le Venezuela est dans l’incapacité de répondre à la demande nationale d'énergie en raison d’une importante sécheresse. Le 26 avril, le président avait ordonné que les fonctionnaires n’aillent travailler  que deux jours par semaine . Uniquement les lundis et mardis, avait précisé le vice-président Aristobulo Isturiz en visite dans la centrale hydroélectrique de Guri, qui fournit 70 % de l'énergie électrique nationale et dont le niveau d'eau du barrage se trouvait anormalement bas. Les écoles, de la maternelle au lycée, sont fermées le vendredi. Le tout pour économiser de l’électricité.

EN SAVOIR + >>  Au Venezuela, des jours fériés pour économiser l'énergie

Une coupure de courant de quatre heures a par ailleurs été opérée de façon quotidienne dans dix Etats (sur 27) pendant 40 jours. Les gros consommateurs de courant comme les grands magasins et les hôtels, sont contraints d’assurer leur propre consommation d’énergie neuf heures par jour.  Un nouveau fuseau horaire  et de nouveaux jours fériés ont été décrétés, de même que les journées de travail ont été réduites à six heures dans les ministères. Selon un rapport du Fonds monétaire international (FMI), ces graves défaillances du système énergétique sont liées au manque d'infrastructures, ainsi qu’à la conjonction climatique.

L’instabilité politique

Ces crises économique et énergétique s’accompagnent d’une importante crise politique. Depuis la mort d’Hugo Chavez en 2013, le parti chaviste, encore au pouvoir, mène un véritable bras de fer avec l’opposition. Pour la première fois depuis 1999, date à laquelle le président Hugo Chavez avait été nommé, l’exécutif a perdu la majorité au Parlement suite à la victoire de l'opposition MUD (Mesa de la unidad democratica) aux législatives de décembre dernier. "Depuis, l'opposition tente par tous les moyens de destituer le président, qu'elle accuse de dilapider l'argent du pétrole, d'avoir détérioré la situation économique et d'être corrompu", a expliqué le spécialiste Jean-Jacques Kourliandsky.

Selon  Libération , les Vénézuéliens sont majoritairement opposés à l’actuel chef d’Etat Nicolas Maduro "à cause du manque de charisme du leader, des tiraillements internes au régime […] d'une plus grande visibilité de la corruption, d'une augmentation de la violence criminelle et de la répression politique". Une procédure de destitution a été entreprise par l’opposition, qui a récolté deux millions de signatures pour organiser un référendum afin de révoquer Nicolas Maduro. MUD l’accuse entre autres de "violer la démocratie et de restreindre les libertés individuelles". Mais rien ne prouve qu’un référendum suffise à détrôner le chef d’Etat. En 2004, Hugo Chavez avait également fait face à cette situation, mais il était resté au pouvoir. 

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