Informations classifiées dévoilées à la Russie, accusations de pressions sur le patron du FBI : Donald Trump risque-t-il la destitution ?

ETATS-UNIS - Donald Trump aurait divulgué des informations hautement sensibles à des responsables russes, selon le Washington Post. Il est également accusé d'avoir réclamé au FBI de classer une enquête visant son ancien conseiller Michael Flynn. Le président américain se rapproche-t-il d'une procédure de destitution ?

La gaffe de trop pour Donald Trump ? En n'ayant apparemment pas su tenir sa langue en présence du chef de la diplomatie russe, le président américain se retrouve sous le feu des critiques. Des accusations qui interviennent après d'autres, et avant celles, dans le New York Times mardi, selon lesquelles il aurait fait pression sur James Comey, lorsqu'il était encore directeur du FBI, pour qu'il mette un terme à l'enquête sur les contacts russes de son conseiller à la sécurité Michael Flynn. Ces affaires  soulèvent la question de savoir s'il a commis un délit et quelles pourraient en être les conséquences judiciaires. LCI fait le point alors que ministère de la Justice a nommé mercredi un procureur spécial - l'ancien patron du FBI Robert Mueller - pour garantir l'indépendance de l'enquête sur une éventuelle collusion entre des proches de Donald Trump et la Russie.

Que reproche-t-on à Donald Trump ?

Selon le Washington Post et d'autres médias, Donald Trump a divulgué des informations classifiées sur un projet de l'organisation djihadiste Etat islamique (EI) d'armer des ordinateurs portables susceptibles d'exploser à bord d'un avion, et a nommé une ville en Syrie où une source aurait collecté ces informations.


Depuis mardi soir, le président américain fait l'objet d'une tout autre accusation, d'obstruction à la justice cette fois : selon un article du New York Times, il a demandé mi-février au directeur du FBI James Comey - qu'il a limogé avec fracas la semaine dernière - de mettre un terme aux investigations visant Michael Flynn, son ancien conseiller à la sécurité nationale. "C'est quelqu'un de bien. J'espère que vous pourrez laisser tomber", aurait affirmé Donald Trump.

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Etats-Unis : Trump aurait communiqué des informations classifiées à la Russie

Que risque le président américain ?

Les nuages judiciaires planent sur Donald Trump depuis longtemps : en novembre dernier, le quotidien USA Today rappelait que Donald Trump et ses sociétés ont été confrontées ces trente dernières années à plus de 3.500 actions en justice, qu'elles en soient à l'origine ou qu'elles soient poursuivies, de gros procès d'affaires jusqu'à des plaintes plus dérisoires en diffamation. 


Désormais à la Maison Blanche, l'homme d'affaires n'est pas pour autant intouchable. La Cour suprême a en effet statué en 1982 que l'ancien président Richard Nixon (1969-1974) ne pouvait être poursuivi pour des actes accomplis dans le cadre de ses fonctions. Mais quinze ans plus tard, elle a décidé que Bill Clinton (1993-2001) pouvait l'être au civil pour des actes intervenus avant sa prise de fonction, dans l'affaire de harcèlement sexuel lancée par Paula Jones. Bill Clinton a ensuite échappé à une destitution ("impeachment") en 1999, quand il a été accusé d'avoir menti et d'avoir fait obstruction à la justice.


"Aujourd'hui la loi en est restée à ce que la Cour a décidé dans cette affaire", a estimé Bob Bennett, qui était l'avocat de Bill Clinton à l'époque. "Ils ont estimé que le président ne disposait pas d'une immunité absolue dans les procès civils".

Une destitution par le Congrès est-elle envisageable ?

Toute enquête sur une éventuelle procédure en destitution, rendue possible par la Constitution américaine en cas de "mise en accusation et condamnation pour trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs", doit être lancée par le Congrès. Selon le constitutionnaliste américain Laurence Tribe (Harvard), il existe suffisamment d'éléments, depuis le début du mandat, pour lancer une procédure de destitution. "Le pays est confronté à un président dont le comportement suggère fortement qu'il pose un danger pour notre système de gouvernement", a-t-il écrit le week-end dernier dans une tribune au Washington Post.


Une destitution se déroule en plusieurs temps. D'abord, la Chambre doit voter une mise en accusation ("impeachment"); puis c'est au Sénat de faire le procès du président, afin de le condamner et destituer, à une majorité de deux tiers, ou de l'acquitter. 


Aucun élu républicain important du Congrès, à ce stade, ne soutient toutefois une telle procédure contre Donald Trump. Mais la colère de l'opinion pourrait mettre la pression sur le chef de file des républicains au Sénat, Mitch McConnell, qui devra peser cette éventuelle décision en la mettant en balance avec les intérêts de son parti.

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