Tensions entre l'Iran et l'Arabie Saoudite : six dates pour comprendre la crise

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ISLAM - Alors que débute samedi le pèlerinage à La Mecque, l'Iran et l'Arabie Saoudite se livrent à une guerre des mots faisant croître des tensions déjà anciennes. Une brouille diplomatique à mi-chemin entre religion et politique et qui remonte à la révolution islamique de 1979.

Une joute verbale sans précédent. A l’approche du pèlerinage à la Mecque, qui débute ce samedi, les insultes fusent entre l'Iran chiite et l'Arabie saoudite sunnite : mercredi, l’ayatollah Khamenei a ainsi qualifié la famille royale saoudienne de "maudite et maléfique" qui "ne mérite pas de gérer les lieux saints" de l'islam. Le président Rohani, lui, a demandé aux Etats musulmans de "punir" Ryad pour ses "crimes". Côté saoudien, on estime que les Iraniens "ne sont pas des musulmans". 


Les conséquences de ces échanges houleux sont directes : pour la première fois depuis presque trois décennies, les Iraniens ne participeront pas au hajj. Les deux ennemis ne sont en effet pas parvenus à trouver un accord sur la participation des Iraniens au plus grand pèlerinage musulman, un an après la bousculade qui avait fait 2300 morts dont 450 Iraniens. Un drame national, nouvel épisode d’un conflit religieux et politique qui perdure depuis la révolution islamique à Téhéran en 1979.

  • 11987 : La Mecque théâtre de heurts

    Sur fond de guerre Iran-Irak (1980-88) et de soutien saoudien aux sunnites alors au pouvoir à Bagdad, les forces de l'ordre saoudiennes répriment le 31 juillet à La Mecque une manifestation interdite de pèlerins iraniens (402 morts, dont 275 Iraniens selon un bilan officiel saoudien). En réaction, les ambassades saoudienne et koweïtienne à Téhéran sont mises à sac. Ryad rompt ses relations avec Téhéran en avril 1988. Les Iraniens seront absents du pèlerinage jusqu'en 1991.
  • 22003, l’invasion américaine de l’Irak

    Après la chute de Saddam Hussein, Bagdad entre dans la sphère d'influence de l'Iran avec l'accès des chiites au pouvoir tenu depuis 80 ans par la minorité sunnite. "Auparavant, l’Irak illustrait le pays par excellence anti-iranien", constate pour LCI Karim Pakzad, chercheur à l’IRIS et spécialiste des deux pays. Il faut savoir que plus de 60% de la population irakienne, chiite, était exclue du pouvoir."
  • 32011, l’intervention saoudienne à Bahrein

    En plein Printemps arabe, Ryad envoie un millier de soldats dans cette petite monarchie sunnite pour réprimer la contestation essentiellement chiite, accusant l'Iran d'inspirer ces troubles. Bahrein est frontalier de la région saoudienne du Hassa abritant le gros de la minorité chiite saoudienne.
  • 42012, le conflit syrien

    Téhéran et Ryad s'opposent dans le conflit syrien à partir de 2012. L'Iran, aidé du Hezbollah, est le principal soutien régional, militaire et financier, du régime de Damas tandis que l'Arabie saoudite soutient les rebelles syriens majoritairement sunnites.
  • 5Janvier 2015, le Yémen

    En janvier, le roi Salmane prend la tête du pouvoir avant de créer une coalition arabo-sunnite contre la rébellion chiite pro-iranienne. En décembre une "grande coalition antiterroriste" de 34 pays musulmans est créé. "La guerre dure encore aujourd’hui, le blocage est total", relève Karim Pakzad selon lequel "les deux puissances se livrent ce nouveau conflit au nom de l’influence politique."
  • 6Juillet 2015, la poignée de mains entre Téhéran et l’Occident

    Pour le chercheur de l’IRIS, "l'accord historique sur le nucléaire a mis le feu aux poudres. Il s’agit d’un échec pour l’Arabie Saoudite dans ses tentatives – soutenues par Israël – d’empêcher cette avancée diplomatique. C’est à partir de ce moment que Ryad s’est senti dépassée."

VIDEO. Le 24 septembre 2015, le pélerinage à Mina a provoqué la mort de quelque 2.300 pèlerins lors du rituel de la lapidation de Satan.

En vidéo

Arabie Saoudite : la bousculade à La Mecque aurait fait 1.448 morts

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