Intervention française en Syrie : "Hollande cherche à rester cohérent"

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INTERVIEW - François Hollande a ouvert la voie lundi à des frappes aériennes françaises contre le groupe État islamique en Syrie. "Une bonne chose", nous explique l'essayiste et géopolitologue Frédéric Encel, même s'il ne s'agit pas d'un changement de cap dans la stratégie française.

Les vols de surveillance annoncés par François Hollande durant sa conférence de presse constituent-ils une avancée dans la lutte contre Daech ?
C’est une bonne chose. François Hollande cherche à rester cohérent, comme c’est le cas depuis le début de la crise syrienne où il a adopté un discours de fermeté vis à vis de Bachar al-Assad. Avec ces vols de reconnaissance,  la France a voulu donner l’impression de ne pas changer de cap . Mais surtout, de ne pas aider indirectement Damas en frappant directement son ennemi principal sur le sol syrien. Malgré tout, on constate un double infléchissement : jusqu’ici, il n’était même pas question de survol de l’espace syrien. En outre, la France était la seule grande puissance occidentale qui avait conservé cette position qui consiste à dire "nous n’attaquons pas Daech en Syrie mais seulement en Irak".

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Cet infléchissement a-t-il été insufflé par l’élan de solidarité qu’on observe après la publication du petit Aylan, et plus généralement la crise migratoire ?
Je ne pense pas qu’il y ait un lien direct avec la crise des migrants. Tout d’abord, car celle-ci n’est pas nouvelle. Et puis, heureusement, la France ne fait pas de géopolitique compassionnelle. On ne gouverne pas avec l’émotion. Les images, les récits peuvent influer sur une politique, mais seulement sur une politique déjà engagée. Je pense en revanche que cet infléchissement intervient après une série de revers d’Assad face à Daech. Aujourd’hui, on considère que le véritable fléau mondial est l’islamisme radical. Et Daech est son fer de lance.

Que pourrait-on attendre d’éventuelles frappes en Syrie ?
Il ne peut pas y avoir un impact stratégique important. Car la quasi totalité des frappes aériennes sont le fait des Américains. C’est une décision qui serait avant tout politique.

L’envoi de troupes au sol est-il "inconséquent et irréaliste" comme François Hollande l’a souligné ce lundi ?
On ne peut pas détruire Daech sans l’envoi de troupes au sol. Depuis la guerre du Vietnam, on sait qu’une armée aérienne est indispensable, mais certainement pas suffisante. En même temps, intervenir au sol est aujourd'hui inconcevable : les Américains ont décidé de ne pas y aller, notamment en raison du traumatisme irakien. Et en outre, cela signifierait revenir des dizaines de cercueils de soldats.

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Frédéric Encel est l'auteur de "Géopolitique du Printemps arabe", PUF, 2014

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