Manifestations en Iran : 3 questions pour comprendre la crise

FOCUS - Une vingtaine de personnes sont mortes depuis jeudi en Iran, où ont actuellement lieu des protestations inédites dans le pays. De nouveaux rassemblements meurtriers ont eu lieu dans la nuit de lundi à mardi. Spécialiste de l'Iran, le chercheur Thierry Coville nous aide à cerner la situation.

Pour la cinquième nuit consécutive, des manifestants sont descendus lundi soir dans les rues de plusieurs villes de l'Iran, dont la capitale Téhéran, pour protester contre le gouvernement et les difficultés économiques - chômage, vie chère et corruption. Un policier aurait été tué lors de ces rassemblements. Au total, depuis jeudi, le bilan serait d'une vingtaine de victimes.

LCI : Quelles sont les causes des protestations qui agitent aujourd'hui le pays ?

Thierry Coville : Elles sont clairement liées à un mécontentement économique et social. Deux questions taraudent l'ensemble de la population. En premier, celle du chômage. Notamment celui qui touche les jeunes. Car l'Iran a connu une croissance de la population très forte il y a trente ans et tous ces gens arrivent désormais sur le marché du travail. Aujourd’hui, l’économie iranienne, dominée à 80 % par le secteur public, est absolument incapable d’absorber tous ces 800 000 personnes par an, avec parmi eux, des travailleurs diplômés. Après les Etats-Unis et la Russie, l'Iran forme le plus d’ingénieurs. Pour beaucoup d’entre eux, ils se retrouvent obligés de prendre des petits boulots, ou essaient d’immigrer. Pour les jeunes diplômés, le taux de chômage se situe aux alentours de 30, 40 %, c’est une catastrophe économique, sociale et éventuellement politique. Le 2e problème, c’est qu’il y a un manque de confiance de la population dans les institutions publiques.

Il faudra surveiller la réaction de la classe moyenne"Thierry Coville, chercheur à l'Iris

LCI : Hassan Rohani n’est pas parvenu à changer cette perception ?

Thierry Coville : Le problème n’est pas nouveau et le sentiment que système n’avantage qu’un petit groupe proche du pouvoir demeure. Depuis 2013, Rohani s’est d’abord concentré sur l’accord sur le nucléaire, ce qui n’était pas rien. Début 2016, les sanctions ont été levées et désormais, sur le plan économique, la situation s’améliore puisque l’Iran est autorisé à exporter tout son pétrole. Reste qu’avec Rohani, réélu à près de 60 %, les gens pensaient que les effets allaient davantage leur profiter. Ce n'est pas le cas et un des aspects à surveiller sera donc la réaction des déçus de Rohani, de cette classe moyenne qui, d’habitude, préfère aller voter que descendre dans la rue.

LCI : Comment expliquer cette austérité ?

Thierry Coville : Les sanctions américaines persistent. Échaudée par ce qui est arrivé à la BNP Paribas (une pénalité de 9 milliards de dollars lui avait été infligée à l'été 2014 par les autorités américaines pour avoir facilité des transactions en dollars notamment avec l'Iran, ndlr), hors de question pour une banque européenne, de revenir en Iran. Il est donc difficile, pour ne pas dire impossible, de pouvoir compter sur des investissements étrangers.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

L’Iran secoué par une vague de manifestations

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter