Séismes en Indonésie : "Ce qui se passe à Lombok est assez rare"

Séismes en Indonésie : "Ce qui se passe à Lombok est assez rare"
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INTERVIEW - Dimanche 19 août, l’île de Lombok a été touchée, à quelques heures d'intervalle, par deux séismes d'une magnitude supérieure à 6 sur l'échelle de Richter. Deux semaines auparavant, un violent tremblement de terre avait déjà ébranlé cette petite île d'Indonésie. Sur place, le bilan est lourd. Le sismologue Rémy Bossu nous éclaire sur ce phénomène pour le moins rare.

La terre a encore tremblé en Indonésie.  Dimanche 19 août, deux nouveaux séismes ont secoué, à quelques heures d'intervalle, la petite île volcanique de Lombok, endommageant des constructions et causant coupures de courant et scènes de panique. Ces événements surviennent deux semaines après un violent tremblement de terre, qui avait causé plusieurs centaines de morts, vendredi 29 juillet. Sur place, le bilan est lourd. 

Selon un tweet de l'Ambassade d'Indonésie à Paris, publié ce mercredi 22 août, au moins 515 personnes ont perdu la vie et 7145 autres ont été blessées au cours de ces trois catastrophes naturelles. Pas moins de 43.141 personnes ont dû être prises en charge et placées dans des abris. Sur le plan matériel, les dégâts sont considérables : 73843 maisons endommagées et 798 installations détruites. Les dommages matériels sont estimés à plus de 450 millions d’euros.

Pour en savoir plus sur cette succession de catastrophes naturelles qui se concentre depuis le début du mois sur l'archipel indonésien, LCI a interrogé le sismologue Rémy Bossu , directeur du Centre de séismologie euro-Méditerranéen (CSEM).

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Deux répliques en une journée, faut-il s’attendre à d’autres secousses dans les prochaines heures ou jours ?

Ce n'est pas ce qu'on peut appeler une réplique. Le tremblement de terre qui s’est produit en Indonésie ce dimanche soir est de la même intensité que celui qui a frappé l’Indonésie le 5 août dernier. Nous ne sommes pas dans le schéma classique qui veut qu'à un choc principal succèdent une ou plusieurs secousses de magnitudes inférieures. A Lombok, on se trouve dans un schéma qu’on appelle "une séquence de séismes". Autrement dit : des séismes d’une magnitude similaire qui viennent toucher une zone analogue et dans un temps très court. Ça a commencé le 5 août dernier avec un séisme de magnitude 6,9, puis un autre ce dimanche matin (6,3 sur l'échelle de Richter), qui a provoqué des glissements de terrain, et à nouveau ce dimanche soir avec un séisme de 6,9 qui s’est déclaré à quelques dizaines de kilomètres plus à l’Est. Il est peu probable que de nouveaux séismes se produisent... mais ce n’est pas impossible. 

Trois séismes d’une telle intensité qui se succèdent, c’est du jamais-vu, à votre connaissance ?

Ce n'est pas la première fois qu'un tel phénomène se produit. On l'a notamment observé il y a deux ans, à Norcia et Matrice, en Italie. Plusieurs séismes d'une magnitude supérieure à 6 sur l'échelle de Richter, avaient touché la région, à seulement quelques mois d'intervalle. Ce qui se passe à Lombok arrive, donc, mais c’est assez rare. La plupart du temps, dans 95% des cas, on se trouve dans le schéma classique : c'est-à-dire un choc principal qui est suivi de un ou plusieurs répliques, mais toutes d'une magnitude inférieure.

La région est propice à genre de phénomènes géologiques, pour quelles raisons ?

L’Indonésie, malheureusement pour elle, est située sur ce qu’on appelle "la ceinture de feu du Pacifique". C’est l’endroit dans le monde où les plaques tectoniques se déplacent le plus rapidement les unes par rapport aux autres. Dans cette zone, les séismes sont très fréquents et l’activité volcanique y est importante. Pour donner une idée, c’est à peu près 80% de la sismicité mondiale qui est localisée dans cette zone. On se rappelle tous du tsunami qui a frappé l’Indonésie en 2004. A Jakarta, un séisme de magnitude similaire à celui du 5 août avait également fait plusieurs centaines de morts en 2014.

Pourquoi est-il si difficile de prédire ce genre d’événement ?

Les séismes sont provoqués par les mouvements des plaques tectoniques. Ces phénomènes s’étalent sur des millions d’années, alors que les séismes, qui en découlent, se déclenchent en l'espace d'une fraction de seconde. De plus, nous avons jusqu'à présent très peu d’observations. Les réseaux pour observer l’activité sismique à travers le monde ont été mis en place tardivement, à partir des années 60. On étudie des phénomènes qui ont des durées de vie de plusieurs millions d’années et on dispose seulement de quelques dizaines d’années d’observation considérées par les spécialistes comme à peu près fiables. 

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