Irak : la France fait-elle éliminer ses ressortissants djihadistes à Mossoul ?

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RÉVÉLATIONS – Selon le "Wall Street Journal", la France fait appel à l’armée irakienne pour éliminer les djihadistes français combattant dans les rangs de Daech à Mossoul. Des éliminations ciblées que l’état-major hexagonal conteste, même s’il reconnaît un soutien de ses forces spéciales dans la reprise de la ville.

"Les Français préfèrent s’en occuper ici, parce qu’ils ne veulent pas avoir à le faire chez eux." Ces propos d’un haut responsable du contreterrorisme irakien relayés par le Wall Street Journal (WSJ) pourraient bien créer leur lot de remous. Et pour cause : selon une enquête du célèbre quotidien américain publiée lundi, la France fait appel à l’armée irakienne pour éliminer les djihadistes francophones – des Français, mais aussi des Belges - combattant dans les rangs de Daech à Mossoul. 

Le WSJ assure, disant l’avoir consultée, qu’une liste de 27 noms de djihadistes a été fournie par les forces spéciales françaises aux Irakiens. Une liste accompagnée de photos pour cinq d'entre eux. "La mission des forces spéciales françaises à Mossoul c'est de conseiller et d'appuyer les forces irakiennes dans la reprise de la ville, dans le cadre de la coalition internationale", a réagi auprès de l’AFP le colonel Patrik Steiger, porte-parole de l'état-major des armées françaises, se refusant à tout commentaire sur l'existence d'un tel listing, établi, selon le journal américain, en novembre dernier, au tout début de la bataille de Mossoul. 

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Ajoutant que les soldats irakiens ont déjà tué un certain nombre de ces cibles sur la base de renseignements et de coordonnées GPS fournis par la France, le WSJ – tout comme le magazine allemand Der Spiegel – affirme que les forces spéciales hexagonales font leur maximum pour traquer les djihadistes. Écoutes téléphoniques, interceptions de conversations radio, utilisation de drones d’observation, fouilles : les moyens mis en œuvre sont nombreux. Au mois d’avril, ces militaires d’élite – une quarantaine selon le quotidien – ont été jusqu’à vérifier l’identité de blessés dans un hôpital de la Vieille ville de Mossoul à la recherche de combattants.  

"Ils (les soldats français, ndlr) font aussi un travail de renseignement, qui rentre dans la lutte globale contre Daech. Ce n'est pas une surprise", poursuit le colonel Patrik Steiger pour qui des opérations visant des nationalités précises paraissent difficile à réaliser. "Les forces irakiennes combattent des groupes djihadistes de nationalités diverses. Elles sont sous le feu, au sol. Différencier [quelqu'un] dans tel ou tel groupe, ce n'est tout simplement possible." 

Sans confirmer ni infirmer les informations du WSJ, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a jugé ce mercredi à l’issue du Conseil des ministres que les djihadistes français partis combattre en zone irako-syrienne devaient en supporter les conséquences : "Je le dis à tous les combattants qui rejoignent Daech et qui vont à l'étranger pour mener la guerre, mener la guerre c'est prendre des risques. Qu'ils assument leurs risques." Réfutant toute action illégale, le ministère des Affaires étrangères soulignait la veille que la France "conduit son action dans le respect du droit international". 

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Vraiment légal ?

Le droit, c’est pourtant là où le bât (pourrait) blesse(r). Comme le notent nos confrères de RFI, "l'organisation Etat islamique n'est pas un Etat, même si en 2014 elle disposait de moyens militaires comparables à ceux d'une armée étatique". En vertu du droit des conflits armés, relève encore la radio, la France considère ses ressortissants djihadistes comme des combattants ennemis, pouvant dès lors être abattus, alors qu’elle les estime "justiciables" à leur retour sur le sol français. 

"D’un côté, les Américains, et depuis quelques mois les Britanniques, n’hésitent pas à dire qu’ils ciblent nommément leurs ressortissants djihadistes ; et de l’autre, les Français affirment qu’ils ne ciblent pas des personnes, mais des lieux", explique Wassim Nasr, journaliste à France 24 et spécialiste des groupes terroristes. "La seule fois où la France a communiqué, elle a expliqué avoir tué un djihadiste français qui se trouvait dans un entrepôt d’armes, mais il n’était pas lui-même visé", poursuit-t-il. "Cela pose beaucoup de problèmes car on est dans une zone de flou judiciaire, dans une zone de guerre. Les familles des djihadistes pourraient très bien demander des comptes à l’État français." 

Au cours de son mandat, François Hollande avait lui-même confié aux journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, auteurs  du livre polémique "Un président de devrait pas dire ça" (éditions Stock), avoir procédé à au moins quatre "assassinats ciblés". En janvier dernier, un autre reporter, Vincent Nouzille, affirmait quant à lui que pas moins de quarante cibles auraient ainsi été éliminées. Emmanuel Macron va-t-il continuer sur cette lancée ? Rien n'est moins sûr. Le nouveau président, qui veut augmenter les capacités du renseignement français, a pour l'instant annoncé la création d'une "task force anti-Daech".

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Selon les services de renseignement, quelque 700 Français se trouveraient actuellement dans les zones de combat en Irak et en Syrie. En cas de retour en France, tous peuvent être mis en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" et "avoir séjourné à l'étranger sur un théâtre d'opérations de groupements terroristes". La loi antiterroriste de novembre 2014 (l’article 421-2-6 du Code pénal pour être précis) spécifie en effet qu’"avoir séjourné à l'étranger sur un théâtre d'opérations de groupements terroristes" est suffisant pour être poursuivi et condamné. 

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