INTERVIEW - Les combattants djihadistes ont avancé ce jeudi vers la capitale Bagdad après s'être emparés de larges territoires du nord-ouest de l'Irak. Une percée qui ne surprend guère Roland Jacquard, président de l'Observatoire international du terrorisme.

De la Syrie au Pakistan, et maintenant en Irak avec la prise spectaculaire de Mossoul , on assiste à une vraie montée en puissance des groupes djihadistes...
Sans aucun doute. On avait enterré un peu vite le terrorisme salafiste radical et al-Qaïda. Celui-ci est aujourd'hui divisé en deux groupes : son versant historique, fondé par Ben Laden et désormais dirigé par l'égyptien Ayman al-Zaouahiri, se trouve dans la zone afghano-pakistanaise d'où il contrôle quelques groupes au Moyen-Orient. En parallèle, on observe l'émergence d'une nouvelle génération de chefs terroristes. C'est le cas de Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui est probablement à la tête de 15.000 hommes et qui menace toute la région.

Peut-on parler d'un " Djihadistan ", avec cette menace d'un Etat islamique à cheval entre la Syrie et l'Irak ?
C'est une bonne analyse. Une partie en Syrie est contrôlée par des djihadistes de différentes organisations, une autre en Irak par le EIIL. C'est un Etat terroriste mafieux qui échappe à tout contrôle. La preuve, durant la prise de Mossoul, ils ont mis la main sur toutes les réserves d'or et d'argent dans la filiale de la banque centrale irakienne.

Une offensive d'envergure que l'EIIL aurait réalisée en s'appuyant sur plusieurs groupes rebelles...
Des mouvements tunisiens ou libyens salafistes sont en effet présents sur place. Des djihadistes européens qui se trouvent en Syrie - notamment des Français - sont également attirés par le conflit. Tout cela entraîne un risque d'exportation d'un savoir-faire terroriste à l'étranger.

L'hypothèse d'une partition de l'Irak ne serait donc pas à exclure ?
Non, mais plutôt celle d'une amputation d'une partie de son territoire par une organisation terroriste extrêmement dangereuse et qui va créer une nouvelle zone de turbulences. Il y avait la Syrie, il y a désormais l'Irak. On risque d'assister à une nouvelle guerre interne entre chiites et sunnites.

Le think-tank américain Rand Corporation a dévoilé cette semaine une étude selon laquelle le nombre de groupes djihadistes a connu dans le monde une croissance de 58% entre 2010 et 2013...
La mort de Ben Laden a donné l'impression aux services de renseignements que tout allait rentrer dans l'ordre. En réalité, on s'est complètement trompé. Les révolutions arabes n'ont eu comme effet que d'émietter un certain nombre de groupes djihadistes. Aujourd'hui, plus de 100.000 sites Internet salafistes existent. Il y a une dispersion, un éparpillement de toutes ces entités qui rend la lutte anti-terroriste d'autant plus difficile.

Plus de dix ans après le 11-Septembre et l'invasion de l'Afghanistan, l'Occident est-il en train de perdre sa bataille contre le djihadisme ?
La lutte repart à zéro, avec de nouveaux groupes qui se sont adaptés et des entités qui combattent un peu partout : au Pakistan à Karachi, mais aussi au Yémen ou en Afrique. Les Occidentaux font aussi face à de nouvelles méthodes : il y a quelques années, les Américains pouvaient par exemple utiliser leurs satellites de renseignements pour dénombrer des camps à la frontière afghano-pakistanaise. Aujourd'hui, cela est très difficile : l'EIIL est ainsi mêlé aux populations civiles en Irak ou en Syrie. Tous les continents vont être touchés par ce virus djihadiste. 

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