Elle entame sa 2e année de détention en Iran : Fariba Adelkhah, une chercheuse "libre" et "respectée"

Elle entame sa 2e année de détention en Iran : Fariba Adelkhah, une chercheuse "libre" et "respectée"
International

PORTRAIT - Anthropologue spécialiste de l'islam chiite, la franco-iranienne Fariba Adelkhah a été arrêtée et emprisonnée en Iran en juin 2019. Condamnée en mai dernier pour "collusion en vue d'attenter à a sûreté nationale", ses proches décrivent une chercheuse "respectée" et "libre" qui a "toujours refusé de condamner le régime" iranien.

"Il y a un an, Fariba Adelkhah était arbitrairement arrêtée en Iran. Il est inacceptable qu'elle soit toujours emprisonnée. Mon message aux autorités iraniennes : la justice commande que notre compatriote soit immédiatement libérée." Tels sont les mots écrits par Emmanuel Macron sur Twitter ce vendredi 5 juin au sujet de la situation de cette chercheuse franco-iranienne. 

Arrêtée en juin 2019 et incarcérée dans la prison d'Evine à Téhéran, cette spécialiste de l'anthropologie sociale et de l'anthropologie politique de l'Iran post-révolutionnaire a été condamnée à cinq ans de prison le 16 mai pour "collusion en vue d'attenter à la sûreté nationale". Elle a toujours clamé son innocence.

Elle passait la moitié de son temps en Iran

Fariba Adelkhah est spécialiste de l'islam chiite et directrice de recherche au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris. Elle est née en Iran en 1959, dans une famille de la petite classe moyenne de la province du Khorassan (région située à la frontière de l'Afghanistan). Elle foule le sol français pour la première fois en 1977, pour y commencer des études à l'université de Strasbourg. Marquée par la lecture de Simone de Beauvoir, ses travaux initiaux portent sur les femmes et la Révolution islamique. Elle avait récemment étendu le champ de ses travaux à l'Afghanistan et l'Irak.

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La chercheuse n'a jamais cessé de retourner dans ce pays, dont sont issus la plupart de ses travaux de recherche.  A 60 ans, elle vit entre ses deux pays : l'Iran où réside toujours sa famille et la France dont elle a pris la nationalité. Depuis dix-huit mois, elle est pratiquement la moitié du temps en Iran, a affirmé à l'AFP son ami, le chercheur Jean-François Bayart. Mais cette double nationalité la fragilise, estime son compatriote Armin Arefi, lui aussi franco-iranien : "On peut facilement voyager dans les deux pays et, en plus, on a les contacts sur place (en Iran). Mais si on est arrêté, on est Iranien : on vit avec cette épée de Damoclès", a-t-il expliqué sur France Culture. Car l'Iran ne reconnaît pas la double nationalité et considère par conséquent que ses citoyens ne relèvent que de son autorité. 

"Elle a toujours refusé de condamner le régime", a aussi expliqué Jean-François Bayart. "Ça lui a valu d’être mal comprise de la diaspora et de prendre des coups des deux côtés". "C’est une chercheuse libre, avec son franc-parler", plutôt du côté "des réformateurs" comme l'ex-président Rafsandjani ou désormais, du président (Hassan) Rohani, poursuit-il. Il rappelle que lors de l’arrestation de l'étudiante française Clotilde Reiss, détenue de juillet 2009 à mai 2010, "Fariba Adelkhah avait déclaré qu'en Iran, tout chercheur est considéré comme un 007", se demandant si cette déclaration ne lui a pas causé ses ennuis actuels.

En tant que chercheuse, elle est respectée, reconnue- Jean-Pierre Digard, directeur de recherche émérite au CNRS

Les collègues de l'universitaire ne tarissent pas d'éloges à son sujet. "En tant que chercheuse, elle est respectée, reconnue. Elle fait des recherches de terrain et publie, comme font tous les bons chercheurs", a raconté à l'AFP son directeur de thèse, l'anthropologue et directeur de recherche émérite au CNRS Jean-Pierre Digard. 

Une grève de la faim

Au cours de son incarcération, Fariba Adelkhah a tout fait pour rappeler l'importance du travail des chercheurs, et clamer son innocence. Avec une collègue australienne, elle a notamment entamé une grève de la faim. "Nous lutterons au nom de tous les universitaires et chercheurs à travers l'Iran et le Moyen-Orient qui, comme nous, ont été injustement cibles d'accusations forgées de toutes pièces", avaient-elles écrit dans une lettre ouverte adressées au Centre pour les droits humains en Iran (CHRI), basé à New-York. L'anthropologue avait dû être hospitalisée à l'issue. Elle n'a jamais non plus cessé de s'inquiéter pour son compagnon Roland Marchal, chercheur français lui arrêté et emprisonné à Téhéran, mais relâché en avril dernier.

Le portrait de Fariba Adelkhah devrait bientôt s'afficher en grand dans les rues de Paris, la Mairie et Sciences Po ayant annoncé qu'ils dérouleront sur leur façade le portrait de l'anthropologue. 

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