Iran : l'opposant Rouhollah Zam, un temps exilé en France, a été exécuté

L'Iran a annoncé le 12 décembre 2020 avoir exécuté l'opposant iranien Rouhollah Zam.

CHOC - L'Iran a annoncé ce samedi avoir exécuté l'opposant iranien Rouhollah Zam. Cette annonce a suscité de vives réactions, notamment celle de la France, pays dans lequel l'homme disposait d'un statut de réfugié.

L'Élysée a condamné ce samedi "avec la plus grande fermeté"  l'exécution de l'opposant iranien Rouhollah Zam, un temps exilé en France. "Il s’agit d’un acte barbare et inacceptable, contraire aux engagements internationaux de ce pays. La France rappelle son opposition constante à la peine de mort, en tous lieux et en toutes circonstances", écrit le gouvernement dans un communiqué.

Rouhollah Zam a été pendu ce samedi matin en Iran, rapidement après la confirmation de sa condamnation à mort pour son rôle dans la vague de contestation de l'hiver 2017-2018. Le porte-parole de l'Autorité judiciaire, Gholamhossein Esmaïli, avait indiqué mardi, que la Cour suprême avait statué "il y a plus d'un mois" sur le cas de Zam et confirmé "le verdict (rendu en juin) par le tribunal révolutionnaire" de Téhéran.

Plusieurs années passées en France

Rouhollah Zam avait vécu en exil plusieurs années en France avant d'être arrêté par les Gardiens de la révolution, l'armée idéologique de la République islamique, dans des circonstances obscures. Son arrestation avait été annoncée en octobre 2019, mais l'Iran n'a pas précisé le lieu ni la date des faits, accusant l'opposant quadragénaire d'être "dirigé par le renseignement français et soutenu" par les services secrets des États-Unis et d'Israël.

L'opposant iranien, qui disposait du statut de réfugié en France, a dirigé une chaîne (Amadnews) sur la plateforme de messagerie cryptée Telegram, et a été reconnu coupable d'avoir joué un rôle actif dans la contestation de l'hiver 2017-2018. Au moins 25 personnes ont été tuées dans ces troubles ayant touché plusieurs dizaines de villes iraniennes entre le 28 décembre 2017 et le 3 janvier 2018. Téhéran avait qualifié de "sédition" ce mouvement de protestation contre la vie chère ayant rapidement pris un tour politique. À la demande des autorités iraniennes, Telegram avait accepté de fermer Amadnews - qui comptait près de 1,4 million d'abonnés - en reprochant à ce canal d'avoir incité à la "violence".

Inculpé pour l'un des chefs d'accusations les plus graves en Iran

Son procès s'était ouvert en février. Selon l'acte d'accusation, l'opposant avait comparu pour "corruption sur terre", un des chefs d'accusations les plus graves en Iran, passible de la peine capitale. Il était poursuivi également pour "des délits contre la sécurité intérieure et extérieure du pays", "espionnage au profit du service de renseignement français", et insulte au "caractère sacré de l'islam". L'Autorité judiciaire avait indiqué en juin qu'il avait été jugé coupable de l'ensemble des chefs d'accusations retenus contre lui.

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L'Union européennes et plusieurs ONG en colère

Au-delà de la France, l'Union européenne a également condamné "dans les termes les plus forts" l'exécution de l'opposant iranien, rappelant son opposition à la peine de mort "quelles que soient les circonstances". Diana Eltahawy, vice-directrice pour l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient à Amnesty International, s'est pour sa part dite "choquée et horrifiée" par l'exécution. Qualifiant Zam de "journaliste et dissident", Amnesty avait jugé que la confirmation de sa peine marquait "une escalade choquante dans le recours de l'Iran à la peine de mort comme arme de répression". L'ONG avait aussi demandé à l'Union européenne d'intervenir rapidement auprès du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, "pour qu'il annule ce verdict cruel". Reporters sans frontières, qui avait accusé l'Iran d'avoir enlevé Zam alors qu'il se trouvait en Irak pour le juger au pays, a également dit samedi être "choquée que (les autorités iraniennes) aient mis à exécution leur sentence".

En juin dernier, l'Iran annonçait s'apprêter à exécuter un Iranien ayant fourni des informations aux États-Unis et à Israël sur les déplacements du général iranien Qassem Soleimani, tué par Washington début janvier à Bagdad. En septembre, le pays rapporté avoir infligé la sentence du "qesas", c'est-à-dire la "loi du talion" à l'ancien champion de lutte Navid Afkari. Il était accusé d'avoir mortellement poignardé, le 2 août 2018, un fonctionnaire lors d'une manifestation anti-gouvernementale à Chiraz (sud). Avec au moins 251 exécutions en 2019, l'Iran est, après la Chine, le pays qui a le plus recours à la peine capitale, selon le dernier rapport mondial sur la peine de mort d'Amnesty International.

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