Iran : la crise de confiance qui inquiète le régime

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L’Iran secoué par une vague de manifestations

MOYEN ORIENT - Le président iranien Hassan Rohani, reconnaissant implicitement que la catastrophe de l'avion abattu avait provoqué une crise de confiance envers les autorités, a tendu la main ce jeudi aux manifestants.

"Le peuple est notre maître et nous sommes ses serviteurs". Au cours d'une allocution en conseil des ministres et, chose rare, retransmise à la télévision d'Etat,  Hassan Rohani a esquissé un timide mea culpa. En cause : la catastrophe de l'avion ukrainien, abattu par Téhéran qui, dans un premier temps, avait nié toute implication. Une erreur de communication qui s'est retournée contre le régime, déjà empêtré dans la crise.

Le drame du Boeing d'UIA a en effet provoqué indignation et colère, notamment au sein de la jeunesse universitaire. Les médias iraniens, considérés comme proches du pouvoir, ont reconnu ce malaise en rendant compte de manière très inhabituelle des slogans hostiles aux autorités scandés dans les manifestations étudiantes qui ont eu lieu chaque jour à Téhéran entre samedi et mardi. "A l'heure où vous devez venir pour présenter des excuses et des explications, vous restez muets! Pourquoi nous couvrez-vous de honte devant l'audience?", a par exemple tweeté Elmira Sharifi, un des visages de l'information à la télévision d'Etat.

"Réconciliation nationale"

Concentrée surtout dans la capitale, ce mécontentement est certes d'une ampleur nettement inférieure à la vague de contestation nationale de la mi-novembre contre la hausse du prix de l'essence, réprimée au prix d'au moins 300 morts, selon l'ONG Amnesty International.  Il n'empêche : le pouvoir a visiblement pris la mesure des événements. Dans les rangs même du gouvernement, on joue la carte de la transparence. "Nous avons eu des gens dans les rues de Téhéran manifestant contre le fait qu'on leur ait menti pendant deux ou trois jours", a reconnu le ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, en visite en Inde.

Autre exemple du malaise au sein des autorités : leur volte-face politique par rapport à la crise de 2017. A l'époque, le guide suprême iranien, Ali Khamenei, avait catégoriquement rejeté un appel à la "réconciliation nationale". Lancé par des personnalités réformatrices, cet appel avait été présenté comme une façon de panser les plaies laissées par la grave crise post-électorale de 2009 et demandait davantage de pluralisme. Changement de ton, deux ans plus tard : Hassan Rohani, un modéré élu avec le soutien des réformateurs, a assuré que les élections législatives du 21 février "doivent être la première étape" de cette "réconciliation".

Preuve que le pouvoir vacille quelque peu, Khamenei dirigera la prière de vendredi. Une première depuis 2012, quand l'Iran était en pleine crise internationale autour de la question du nucléaire iranien.

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