Iran : qui sont les Gardiens de la révolution, l'armée de l'ombre qui a proclamé la fin de la "sédition" ?

Iran : qui sont les Gardiens de la révolution, l'armée de l'ombre qui a proclamé la fin de la "sédition" ?

DÉCRYPTAGE - Le chef de l'armée d'élite du régime a proclamé mercredi soir la fin de la "sédition", après que des rassemblements se sont déroulés pendant une semaine dans plusieurs villes d'Iran pour protester contre le pouvoir et la situation économique. Bilan : une vingtaine de tués et des centaines d'arrestations. Zoom sur les "Pasdarans", ces Gardiens de la révolution, incontournables depuis 1979.

"Nous ne permettrons en aucune manière que l'insécurité continue à Téhéran." Après plusieurs jours de manifestations contre le pouvoir, le général Esmaïl Kossari, numéro deux de l'organisation, était sorti de son silence lundi pour défendre ses Pasdaran. Mercredi soir,  le général Mohammad Ali Jafari, le patron, a quant à lui proclamé la fin de la "sédition"


Derrière cette abréviation de Pasdaran, se cachent les Gardiens de la révolution, une institution en Iran où, depuis l'instauration de la République islamique en 1979, ils incarnent la répression du régime à l'égard de la population. Une répression au cœur de toutes les spéculations, tant le corps des Gardiens de la révolution intrigue. Combien sont-ils ? Difficile à savoir, tant le régime communique peu sur cette unité séparée de l'armée iranienne régulière. Selon l'Institut international des études stratégiques de Londres (IISS) sur un total de 523.000 hommes dans l'armée active, les Gardiens seraient environ 125.000. A titre de comparaison, l'armée de Terre est composée de 350.000 hommes, contre 30.000 pour l'armée de l'Air et 18.000 pour la Marine. 

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Un Etat dans l'Etat

Au-delà des chiffres, c'est le rôle de cette unité dans le quotidien en Iran qui a fait sa réputation. Et ce, depuis un décret du 5 mai 1979 qui lui confie la protection de la Révolution et du Guide suprême. Il s'agissait alors de réunir différentes unités paramilitaires en un seul organe dévoué au régime, pour le protéger et contrebalancer le poids considérable de l'armée régulière. C'est en vertu de cette protection que les Pasdarans se sont arrogés de nombreux pouvoirs au fil des ans : toujours selon l'IISS, ils ont absorbé 42,75% du budget de la défense nationale en 2012. Soit presque la moitié de ce budget pour une unité composée de trois fois moins d'hommes que l'armée régulière.


Rouage armé du régime, les Pasdarans ont également conquis du terrain coté politique. D’anciens membres ont en effet été nommés dans les cabinets, à la Défense, à l’Intérieur, au ministère du Pétrole. L'ancien président Mahmoud Ahmadinejad était lui-même un ancien membre de l'unité. Côté affaires, là aussi les militaires sont présents : après la guerre contre l’Irak, le Guide suprême a en effet autorisé les pasdarans à créer un groupe d’ingénierie, Khatam al-Anbia. Celui-ci emploie plusieurs dizaines de milliers de salariés et obtient chaque année des centaines de contrats. Pétrochimie, immobilier, télécommunications… les Pasdarans ont également profité ces dernières années de la politique nationale de privatisation pour s'immiscer dans toutes les sphères de l'économie iranienne. A ceci près qu'ils bénéficient d'exemptions d'impôts. 


Une forme d'Etat dans l'Etat qui a nourri le ressentiment d'une partie de la population. Depuis quelques jours, des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent ainsi des milliers de personnes défilant dans plusieurs villes contre les difficultés économiques et le pouvoir. Un membre des Gardiens de la révolution a été tué lundi soir et un autre blessé par des tirs de fusil de chasse. Les premières victimes du côté du pouvoir dans ce que certains considèrent déjà comme une "révolution".

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