Israël : Ariel Sharon n'est plus

Israël : Ariel Sharon n'est plus

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DISPARITION - Plongé dans le coma depuis 2006, Ariel Sharon s'est éteint samedi à l'âge de 85 ans. Retour sur la vie de l'ancien Premier ministre israélien, militaire hors-normes avant de devenir une figure de la droite nationaliste d'un Etat hébreu qu'il aura marqué de son empreinte.

La mort ou la suite logique pour Ariel Sharon, terrassé le 4 janvier 2006 par une attaque cérébrale et dont l'état de santé s'était brusquement dégradé jeudi. Près de huit ans après avoir été plongé dans le coma, plusieurs de ses organes vitaux avaient cessé de fonctionner normalement, entraînant la disparition, annoncée samedi 11 janvier, d'une figure d'Israël, décédée à l'âge de 85 ans.

Né de parents originaires de Biélorussie, Ariel Sharon a d'abord acquis une notoriété grâce à sa carrière dans l'armée israélienne, rejointe à l'âge de 17 ans. Il y grimpera les échelons et y gagnera un surnom, celui de "bulldozer", pas seulement octroyé en raison d'un physique imposant.

Un chef de guerre implacable

Les faits d'armes de cet amateur de méthodes expéditives sont en effet nombreux. Sharon dirige l'unité 101 des commandos puis des unités parachutistes qui, sous ses ordres, mèneront des opérations punitives, dont la plus sanglante se soldera en 1953 par la mort d'une soixantaine de civils dans le village palestinien de Kibya. En 1969, cet adepte de la manière forte brise pour plusieurs années la résistance palestinienne à Gaza par des opérations de commandos. Durant la guerre d'octobre 1973, il prouve à nouveau ses capacités militaires en franchissant le canal de Suez et en encerclant l'armée égyptienne par une manœuvre audacieuse.

Général et héros de guerre, Sharon embrasse ensuite une carrière politique au côté du fondateur historique, Menahem Begin, de la droite nationaliste, le Likoud, qui accède au pouvoir en 1977. Son rêve : le plus grand état possible, dont la matérialisation passe par la colonisation. "Ariel Sharon est un leader qui s'est battu pour obtenir plus, mais qui a su reculer pour obtenir mieux, quitte à remettre en cause ses convictions", analyse pour metronews Frédéric Encel , docteur en géopolitique, professeur à l'ESG Management School et maître de conférences à Sciences Po Paris. En 2005, Sharon ordonne par exemple l'évacuation inédite de la bande de Gaza, après 38 ans d'occupation.

"Son image de combattant demeurera"

Une décision impensable quelques années plus tôt quand on sait que certaines de ses actions ont suscité la haine des Palestiniens comme la réprobation de la communauté internationale. Une commission d'enquête officielle conclura par exemple à sa responsabilité pour n'avoir ni prévu ni empêché les massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila en septembre 1982, perpétrés par une milice chrétienne alliée d'Israël. Il est alors contraint de quitter son poste de ministre de la Défense.

Près de vingt ans plus tard, il accédera au rang de Premier ministre, élu triomphalement en février 2001 sur un projet, celui d'écraser la révolte palestinienne et d'obtenir une séparation d'avec les Palestiniens, selon des conditions fixées par Israël. Un projet mis à mal par l'attaque cérébrale dont il est victime, un an après avoir quitté le Likoud pour créer le parti centriste Kadima. "Ariel Sharon n'est pas un théoricien et n'a jamais été un homme politique de premier rang. Il est arrivé au pouvoir en 2001, dans un contexte de crise politique et en pleine intifada. Je ne connais pas aujourd'hui d'école de pensée en Israël se revendiquant d'Ariel Sharon, assure Frédéric Encel. En revanche, il reste à la fois l'incarnation du courage et de l’intrépidité militaire. Son image de combattant demeurera."

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