Sainte-Sophie transformée en mosquée : la France "déplore" la décision de la Turquie

Le président turc tient à ce que l'ancienne basilique Sainte-Sophie d'Istanbul redevienne une mosquée. Un coup politique ?
International

PATRIMOINE - Alors que le président turc Erdogan a annoncé ce vendredi le placement de l'ex-basilique sous l’autorité de la direction des affaires religieuses, Jean-Yves Le Drian estime que "ces décisions remettent en cause l’un des actes les plus symboliques de la Turquie moderne et laïque".

Dès le 24 juillet, les fidèles devraient pouvoir prononcer leurs prières au sein d’une mosquée Sainte-Sophie. L’ancienne Basilique byzantine a vu son statut de musée révoqué ce vendredi 10 juillet par le Conseil d’Etat turc, sur la requête de plusieurs associations. 

Peu après, le président Recep Tayyip Erdogan a prolongé cette décision par l’annonce de l'ouverture du site aux prières comme lieu de culte musulman. Un choix que la France "déplore", selon les termes employés par le ministère des Affaires étrangères.

"Ces décisions remettent en cause l’un des actes les plus symboliques de la Turquie moderne et laïque", affirme Jean-Yves Le Drian dans un communiqué diffusé ce vendredi, se référant à la décision gouvernementale de 1934 qui conférait le statut de musée à l’édifice du VI° siècle. "L’intégrité de ce joyau religieux, architectural et historique, symbole de la liberté de religion, de tolérance et de diversité, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, doit être préservée, ajoute-t-il. Sainte-Sophie doit continuer à représenter la pluralité et la diversité du patrimoine religieux, le dialogue et la tolérance."

"Provocation envers le monde civilisé"

Cette déclaration vient s’ajouter à de vives réactions internationales, à commencer par celle d’Athènes, engagée dans la conservation du patrimoine byzantin en Turquie. "Le nationalisme dont fait preuve le président Erdogan ramène son pays six siècles en arrière", a ainsi estimé la ministre grecque de la Culture. Lina Mendoni allant jusqu’à qualifier cet acte de "provocation envers le monde civilisé", tandis que le Premier ministre, Kyriakos Mitsotakis, considère qu’il "impacte non seulement les relations entre la Grèce et la Turquie. Mais aussi les relations de cette dernière avec l'Union Européenne, l'Unesco, et la communauté mondiale dans son ensemble."

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De leur côté, les Etats-Unis, par le biais de la porte-parole de la diplomatie Morgan Ortagus, se déclarent "déçus" par la décision d’Ankara. "Nous prenons acte de l'engagement du gouvernement turc de garantir un accès à Sainte-Sophie à tous les visiteurs, et nous avons hâte de voir ses plans de gestion de Sainte-Sophie pour qu'elle reste accessible à tous sans entrave", a-t-elle ajouté. Dans un discours, Recep Tayyip Erdogan a ainsi réaffirmé que "comme toutes les autres mosquées, les portes de Sainte-Sophie resteraient ouvertes à tous, Turcs et étrangers". En 2019, environ 3,8 millions de visiteurs avaient passé ses portes.

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