Italie : Matteo Salvini va-t-il vraiment demander aux migrants de "faire leurs valises" ?

ITALIE - Le très populaire patron de l'extrême droite italienne, devenu ministre de l'Intérieur, a averti dimanche que l'Italie ne pouvait pas être "le camp de réfugiés de l'Europe".

"Le bon temps pour les clandestins est fini: préparez-vous à faire les valises". Quelques heures auront suffi à Matteo Salvini, fraîchement nommé ministre de l’Intérieur, pour s’offrir sa première polémique. Le patron de la Ligue, à l’origine d’un gouvernement de coalition composé avec le Mouvement 5 OEtoiles (M5S), s’est rendu en Sicile pour tracer les contours d’une politique migratoire sous le signe de la fermeté. Reste à savoir s’il aura les moyens de ses ambitions.


Si les arrivées ont chuté de plus de 75% depuis l’été 2017 – grâce à des arrangements controversés avec la Libye-, le défi du nouveau gouvernement italien est de taille. Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile hébergent en effet  près de 170.000 personnes. Un chiffre trop élevé pour le tonitruant ministre d’extrême droite : "L'Italie et la Sicile ne peuvent être le camp de réfugiés de l'Europe", a martelé ce weekend le chef de la Ligue. Avant de tenter de désamorcer les critiques : "Nous n'aurons pas une ligne dure mais une ligne de bon sens". 

"Un bon coup de ciseaux dans les cinq milliards d'euros" consacrés à l'accueil

Quel sera son plan ? Matteo Salvini n'a dévoilé pour l'instant aucune piste. Seule certitude : pour accélérer les expulsions -- il y en a eu seulement 6.500 en 2017 --, il devra multiplier les centres de rétention et les accords avec les pays d'origine, dont beaucoup ne sont pas pressés de voir revenir leurs citoyens. Pour trouver rapidement ces fonds, le nouveau ministre a une idée : "un bon coup de ciseaux dans les cinq milliards d'euros" consacrés chaque année à l'accueil des demandeurs d'asile.


En 2017, l'ancien gouvernement avait annoncé un budget de 4,2 milliards d'euros pour les migrants, dont 18% pour les secours en mer, 13% pour l'assistance sanitaire et 65% pour les centres d'accueil pour demandeurs d'asile. Ce sont surtout ces centres que dénonce le ministre : ils sont payés en moyenne 35 euros par jour et par personne pour fournir gîte, couvert, cours d'italien, soutien juridique et psychologique... Beaucoup s'y emploient et génèrent ainsi une floraison d'activités qui ont redonné vie à des communes rurales en déshérence. D'autres rognent sur tous les frais pour augmenter leurs bénéfices.


Et au-delà des efforts en Italie, Matteo Salvini est attendu mardi à Luxembourg pour une réunion des ministres de l'Intérieur de l'Union européenne. Au menu: la révision de l'accord de Dublin, qui oblige les migrants à déposer leur demande d'asile dans le premier pays européen où ils arrivent. Cet accord pénalise fortement l'Italie, qui a vu arriver plus de 700.000 migrants depuis 2013. D'autant que si la majorité poursuivaient quand même leur périple vers le nord les premières années, l'UE a imposé une procédure d'identification à l'arrivée en Italie et les pays frontaliers ont mis en place des contrôles systématiques.

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