Italie : pourquoi Salvini réclame des élections anticipées le plus "rapidement" possible

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CRISE POLITIQUE - Matteo Salvini a réclamé jeudi des élections anticipées pour restituer "rapidement la parole aux électeurs", faisant éclater l'alliance avec le Mouvement 5 Etoiles. Instaurée il y a 14 mois, cette coalition était vacillante depuis la victoire de la Ligue d'extrême-droite aux Européennes, en mai dernier.

"Allons tout de suite au Parlement." Matteo Salvini brise l’attente. Après plus d’une heure de discussion à huis clos avec le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, le très populaire ministre de l’Intérieur met fin à la saga de l’été en Italie. En réclamant, ce jeudi 8 août, des élections anticipées le plus "rapidement" possible afin de "rendre la parole aux électeurs", l’homme fort de l'exécutif transalpin fait cesser le suspense et décrète officiellement l'éclatement de la coalition au pouvoir.

Salvini renforcé après les Européennes

Tout a commencé à tanguer au lendemain des Européennes. Soldées par une écrasante victoire de la Ligue de Matteo Salvini et un net affaiblissement du Mouvement Cinq Etoiles (M5S), ces élections ont permis au ministre de l'Intérieur de continuer sur sa ligne sécuritaire, anti-immigration et pro-Italiens. À l'inverse, le parti antisystème qui avait créé la surprise les années précédentes a, lui, largement perdu du terrain. Ainsi, alors qu’aux Législatives de mars 2018, le M5S avait gagné plus de 32% des voix et la Ligue environ 17%, c’est le résultat parfaitement opposé (34% contre 17%) qui est ressorti des urnes au dernier scrutin.

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Mais ce n’est que ce mercredi que les relations se sont réellement envenimées. Le dernier vote de la session parlementaire portait sur le projet de ligne TGV Turin-Lyon. Les "Grillini", en référence au créateur du M5S, le comique Beppe Grillo, et son ministre des Infrastructures, Danilo Toninelli, étaient farouchement opposés au projet. Leur amendement en ce sens a cependant été largement rejeté, notamment par une opposition qui avait le soutien de la Ligue. De quoi pousser Danilo Toninelli à qualifier Matteo Salvini de "nain assis sur les épaules de géants".

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La guerre a alors éclatée. Et le "Capitaine" - surnom de Salvini - a répondu, une fois n’est pas coutume, par voie de communiqué, dénonçant "les insultes répétées envers [lui] et la Ligue de la part de prétendus alliés". Et d’ajouter qu’il était "inutile d'aller de l'avant avec des 'non' et des disputes". "Les Italiens ont besoin de certitudes et d'un gouvernement qui travaille", a-t-il ajouté. En réaction à ces propos, et chauffé par une défaite cuisante au Parlement, le parti antisystème a rétorqué via communiqué lui aussi en jugeant que la Ligue était "incompréhensible" et qu’il fallait que ses membres disent "clairement ce qu'ils voulaient faire". 

Quand on réalise que ce n’est plus possible, il vaut mieux (...) divorcer- Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur italien

Une requête entendue. Et ce dès le soir même. Le très populaire chef de l’extrême droite a tenu un meeting à Sabaudia - où il s’exprimait sous une tour en l’honneur du dictateur Benito Mussolini - lors duquel il a très clairement montré des signes de rupture. "Quelque chose s'est brisé dans les derniers mois", a-t-il lancé devant la foule, en chemise et cravate. "Je ne suis pas fait pour les demi-mesures. Soit les choses se font pleinement et rapidement, soit ce n'est pas pour moi. Je ne vais pas rester là à chauffer mon fauteuil", a-t-il prévenu. Et de donner "une leçon de vie" : "Je ne veux pas de petits ou gros remaniement(…) Quand on réalise que ce n’est plus possible, il vaut mieux faire comme pour le mariage : faire un choix d’adulte et divorcer."

Depuis, les rencontres se sont enchaînées entre les dirigeants politiques. Toute la journée, des consultations ont eu lieu, en tête-à-tête, entre le chef du gouvernement Giuseppe Conte, le président Sergio Mattarella et Matteo Salvini. C’est d'ailleurs à la fin de ces tractations que le ministre de l’Intérieur a acté la fin d’une union depuis longtemps vacillante. Celui qui demande des élections au plus vite appelle le Sénat et la Chambre des députés à se réunir, bien que les travaux ne soient supposés reprendre qu'en septembre. 

Mais la figure de proue du gouvernement, prêt à délaisser sa tournée des plages qui devaient initialement le mener jusqu’en Sicile, a estimé que les vacances ne pouvaient être un prétexte pour "perdre du temps". "Les parlementaires peuvent revenir travailler la semaine prochaine, comme font des millions d'Italiens, à moins qu'ils ne veulent pas sauver leurs sièges."

Nous sommes prêts- Luigi Di Maio, dirigeant du Mouvement 5 Etoiles

Luigi Di Maio, ministre du Développement économique, qui n’était pas invité aux réunions, a immédiatement rétorqué être "prêt". Le chef de fil du M5S recommande cependant que la réforme constitutionnelle, qui doit passer devant le Parlement en septembre, soit votée avant de se rendre aux urnes. Et d’en profiter pour tacler son ancien allié qu’il accuse de "prendre le pays en otage". Selon lui, le chef de la Ligue profite de sa côte de popularité pour "se moquer" des Italiens, qui "tôt ou tard se retourneront" contre lui. 

Avec les deux partis d’accord pour desceller leur union, les médias italiens évoquent la date du 20 août pour le vote d'une motion de censure qui ferait tomber le gouvernement, suivi d’élections anticipées qui, elles, devraient avoir lieu le 13 octobre, selon la presse. Et, avec des sondages qui lui octroie entre 36 et 38% des intentions de vote, la Ligue devrait en sortir largement victorieuse. 

Dès lors, elle arrêterait de gouverner avec des "anti-systèmes" pour se tourner vers son aile d'extrême-droite via une alliance avec le petit parti Fratelli d'Italia. De quoi mettre fin à ce que le quotidien italien La Repubblica décrit comme "une coalition qui n'a jamais vu le jour".

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