James Foley : les derniers mois d'un condamné

International

TERRORISME – Après la diffusion sur YouTube de l'exécution du journaliste américain James Foley par les djihadistes de l'Etat Islamique, des informations émergent sur sa détention en Syrie. De nombreuses zones d'ombres subsistent quant au parcours de ce dernier, dont le courage et la détermination ont marqué ses compagnons de cellule.

"C'était un garçon extraordinaire, un compagnon de détention extrêmement agréable, très solide". C'est ainsi que l'ex-otage français Didier François se souvient au micro d'Europe 1 du journaliste américain James Foley, exécuté par les djihadistes de l'Etat islamique . C'est la première fois que le Français évoque le nom de son ancien compagnon de cellule. "Pour des raisons évidentes de sécurité, les ravisseurs nous avaient menacé de représailles sur les otages restants si nous nous exprimions là-dessus", précise le journaliste, libéré en avril 2014.

On sait peu de choses sur le parcours de James Foley depuis son enlèvement en Syrie en 2012. Ce journaliste indépendant, âgé de 40 ans, qui travaillait notamment pour le site Global Post et pour l'Agence France-Presse, a été enlevé le 22 novembre 2012 dans la province d'Idlib, sur la route de Taftanaz qu'il empruntait avec un collègue britannique à bord d'un taxi. "Ils revenaient de la région de Idlib, explique Didier François. Ils avaient fini leur reportage de plusieurs semaines et rentraient en direction de la Turquie. Ils se sont arrêtés dans un café pour envoyer un message à leur famille et à leur rédaction. C'est en sortant qu'ils se sont fait intercepter" par un groupe armé. Ces hommes appartenaient-ils à l 'Etat Islamique (EI) où à une autre faction djihadiste présente en Syrie ? L'identité des ravisseurs demeure encore aujourd'hui incertaine.

Sa libération s'est jouée à un fil

D'après le directeur du Global Post , qui avait dépêché des enquêteurs privés sur place, James Foley était détenu par des milices pro-Assad dans une prison ou un centre de détention dans la région de Damas. L'Etat Islamique est d'ailleurs réputé pour être proche des forces du régime de Bachar al-Assad. Mais pour le journaliste James Herkin, parti en Syrie pour retrouver sa trace ( son enquête est disponible sur le site de Vanity Fair en anglais), il est plus probable que son confrère ait été enlevé par des groupes rebelles djihadistes.

Toujours est-il qu'en en août 2013, soit neuf mois plus tard, James Foley rejoint la geôle des deux captifs français, Didier François et Nicolas Hénin, à Rakka, principal bastion d'EI en Syrie. Parmi la douzaine d'otages occidentaux retenus ensemble à ce moment-là se trouvait également le journaliste américain Steven Sotloff, menacé de mort dans la vidéo de l’exécution de James Foley. C'est dans cette zone que les Etats-unis avaient lancé, au début de l'été 2014, une opération commando dans le but de libérer, entre autres, James Foley, selon les révélations du Washington Post mercredi. Mais celle-ci a échoué "parce que les otages n’étaient pas présents" dans le lieu repéré par les services de renseignement américains, a indiqué le Pentagone jeudi. Il s'en est fallu de peu : les otages auraient été déplacés dans les jours, voire les heures qui ont précédé l'arrivée du commando américain, d'après le New York Times.

Il était "le souffre-douleur de ses geôliers"

Durant ces mois de détention, James Foley restait "très solide, extrêmement calme et déterminé", témoigne Didier François. "Il n’hésitait pas à demander à manger pour tout le monde même si cela lui attirait des problèmes", se souvient l'otage. Il faisait toujours preuve d'une "très grande bravoure, d'un grand courage", abonde Nicolas Hénin. D'après ce dernier, James Foley était "devenu le souffre-douleur des geôliers", parce qu'il était Américain et que son frère travaillait dans l'US Air Force. "Il s'en prenait plein la gueule mais il restait impassible", assure le journaliste  dans l'Express. "Il n'a jamais craqué"...

Peut-être parce que James Foley avait déjà connu des situations de stress extrême. En reportage en Libye en 2011, le journaliste avait été capturé à Brega par des kadhafistes et séquestré pendant un mois. Ce qui ne l'a pas empêché de revenir sur les lieux après sa libération. Interrogé alors par une consœur sur sa motivation, James Foley lui avait répondu "en souriant que c'était une évidence, qu'il lui fallait couvrir l'histoire jusqu'au bout".

Cette captivité avait tout de même laissé des traces. James Foley avait conscience des risques qu'il prenait. Il l'avait ainsi évoqué devant les étudiants de son ancienne école de journalisme, qu'il avait intégrée à l'âge de 35 ans, lorsqu'il s'est tourné vers ce métier (voir la vidéo ci-dessous) : "Quand vous commencez à prendre des risques, que vous avez une alerte sérieuse, vous devez vraiment vous poser des questions. Cela ne vaut pas votre vie", avait-il raconté. Interrogé par un étudiant sur les raisons qui le poussaient à se rendre dans des zones si dangereuses, il avait répondu : "Il y a une humanité incroyable en ces endroits".

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter