Jason Wright, le militaire américain devenu héraut anti-torture

Jason Wright, le militaire américain devenu héraut anti-torture

PORTRAIT - L'ancien major de l'armée américaine fut aussi durant trois ans l'avocat de Khalid Cheikh Mohammed, le cerveau présumé des attentats du 11-Septembre, toujours détenu à la prison de Guantanamo. Il est ce mercredi à Paris, à l'occasion de la journée mondiale des droits de l'homme, pour dénoncer les actes de tortures de la CIA. Metronews l'a rencontré.

Ce qu'il raconte est grave, mais Jason D. Wright ne peut s'empêcher de sourire entre chaque question. Content d'être en France, tout simplement, invité par l'ONG Amnesty International à s'exprimer mercredi (1) sur les tortures infligées par la CIA aux prisonniers du camp de Guantanamo, pour la journée mondiale des droits de l'homme. Mardi, metronews l'a rencontré. "Plus de 100 hommes sont toujours détenus là-bas, souvent dans des conditions inhumaines", dénonce-t-il. "Certains ne sont accusés d'aucun crime et n'ont pas eu droit à un procès. Beaucoup ont été torturés. Mercredi est l'occasion de dire : plus jamais ça".

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Jason Wright connaît son sujet. Ce grand américain de 38 ans, impeccablement coiffé, a connu les deux faces de la "guerre contre le terrorisme" lancée par les Etats-Unis après les attentats du 11-Septembre. D'abord comme haut gradé de l'armée américaine. Puis en tant qu'avocat de deux détenus de Guantanamo.

Avocat d'un membre d'Al-Qaïda

Originaire de Richmond (Virginie), Jason Wright rejoint l'US Army en 2005 après des études de droit. Pour ses premières missions, il est envoyé en Allemagne comme conseiller juridique, puis en Irak, à Tikrit. Fraîchement promu major, il est choisi par l'armée en 2011 pour prendre en charge la défense de deux prisonniers du très controversé camp de Guantanamo. Un tournant dans sa vie, car l'un d'eux, Khalid Cheikh Mohammed, n'est autre que le cerveau présumé de l'attaque du 11-Septembre. "En uniforme, mon boulot était de le représenter, en accord avec la Constitution et les règles de la Commission militaire", se souvient-il, sobrement. Confidentialité oblige, il n'en dira pas plus sur sa relation avec son "client".

L'ex-militaire se lâche en revanche sur les pratiques des services secrets de son pays : "Des lettres confidentielles contenant notre stratégie de défense ont été examinées par les gardiens, des micros ont été planqués dans le détecteur de fumée d'une salle pour écouter nos conversations. Le FBI a même tenté de recruter un des membres de notre équipe."

Poussé à la démission

Très investi sur cette affaire – il travaillait entre 50 à 60 heures par semaine durant les trois ans qu'a duré sa mission, selon Slate – Jason Wright a été poussé à la démission par l'armée. "Ils voulaient m'obliger à suivre une formation et m'affecter à un autre cas. J'ai préféré démissionner", raconte-t-il aujourd'hui, sans savoir ce que l'armée lui reprochait.

En août 2014, l'avocat est ainsi retourné à la vie civile, ouvrant le mois dernier son propre cabinet pour défendre "tous ceux opposés en justice à des gouvernements". Mais mardi, il n'a pu s'empêcher de scruter son téléphone avant la publication du rapport du Sénat américain sur l'usage de la torture par la CIA : "J'espère qu'il établira qu'il s'agit d'une pratique immorale, illégale et surtout peu efficace". Il semble avoir été entendu.

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(1) Mercredi à 15h30 à la Gaîté lyrique, table ronde sur le thème "Torture et sécurité, le système américain", avec le témoignage de Jason Wright. Plus d'infos ici .

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