"Je n'ai pas peur de parler" : en Russie et en Ukraine, les victimes de viol brisent le tabou

"Je n'ai pas peur de parler" : en Russie et en Ukraine, les victimes de viol brisent le tabou

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DENONCIATIONS - Depuis quelques semaines, les victimes de viol russes et ukrainiennes racontent leurs histoires sur les réseaux sociaux à travers le hashtag ‪#Jen’aipaspeurdeparler‬ (en russe), brisant la culture du silence imposée dans les pays de l’est.

Le hashtag a provoqué une vague de témoignages sur Twitter et Facebook. C’est une discussion de trop sur une victime de viol ayant supposément "provoqué" son agresseur qui a convaincu Anastasia Melnytchenko de prendre la parole.

Un silence aggravant

En racontant sa propre agression sexuelle sur Facebook, avec le mot-dièse #Jenaipaspeurdeparler en ukrainien et en russe, la militante pour les droits dedes femmes a inspiré plusieurs centaines de femmes à révéler elles aussi sur les réseaux sociaux leurs expériences.

Pour ces femmes russes, ukrainiennes, mais aussi arméniennes ou azéries, ce hashtag a permis d’évoquer pour la première fois des traumatismes aggravés par le silence qui règne dans leurs sociétés face aux victimes. "J'étais à l'école lorsque c'est arrivé. Un jeune homme m'a suivie jusqu'à chez moi, m'a attrapée par ma veste et a mis ses mains sous ma jupe", raconte Azia Bazdyrieva, critique d'art. "J'avais 19 ans, c'était l'ami de mon petit copain. Il faisait deux mètres de haut, il était très gros et costaud. La rue était entièrement vide et j'ai eu peur de lui résister. Il m'a violée", se souvient Valeria Bezlepkina, mère de quatre enfants.

"Dans notre société, accuser la victime, c'est la norme"

"Pour parler franchement, je me suis demandée si ça valait la peine d'être raconté. J'avais douze ans, c'était à Bakou. Mon cousin a posé ses mains sur mes hanches et j'ai tout de suite compris ce qui allait se passer", confie Narmina Akhmedli, étudiante. "Aujourd'hui, pour la première fois de ma vie, j'ose le dire à haute voix. Je n'ai pas peur d'en parler", conclut-elle. Le hashtag a permis d'ébranler la culture de silence imposée aux victimes de viols et leur a enfin donné une visibilité, estime Anastasia Melnytchenko. "Dans notre société, accuser la victime, c'est la norme", dénonce-t-elle. "C'est pour ça que les femmes restent silencieuses face aux abus. Elles ne parlent pas de ces incidents avec leurs proches ou la police car elles ont peur d'être jugées coupables."

En Russie, la Chambre civile, qui regroupe des représentants de la société civile, a été jusqu'à demander aux femmes victimes de viol de ne pas "outrepasser" les limites de la légitime défense, sous peine d'être poursuivie. "Par exemple, si un homme viole une femme et qu'elle le tue, la justice doit s'en mêler car l'homme ne mettait pas en danger sa vie", a déclaré ce mardi l'un de ses responsables, Anton Tsvetkov. Pour l'avocate ukrainienne Anna Sayenko, "la violence sexuelle est souvent déconsidérée". En Ukraine, où vivent 45 millions de personnes, seules 320 plaintes pour viols ou tentative de viol sont enregistrées par la police. Un nombre loin de la réalité, selon La Strada Ukraine, une association pour les droits de la femme.

De l'"exhibitionnisme" pour les hommes

Qu'autant de femmes aient enfin osé révéler sur les réseaux sociaux avoir été victimes d'agressions sexuelles agit comme thérapie de groupe et pourrait encourager celles qui se taisent encore à porter plainte, juge la psychologue Alevtyna Chevtchenko. "La violence aime le secret et le silence", rappelle-t-elle. "Admettre à haute voix que le problème existe est déjà un premier pas vers sa résolution. Il n'existe pas d'autres moyens."

Mais le hashtag #Jenaipaspeurdeparler n'a pas suscité que des réactions positives : de nombreux internautes, en grande majorité des hommes, l'ont comparé à de l'"exhibitionnisme", de "striptease public" ou encore de "festival de pornographie". Rien de neuf sur le réseau social, où sexisme et anti-sexisme se confrontent quotidiennement.

En février dernier, les femmes se lâchaient sur Twitter pour dénoncer les propos sexistes des hommes à travers le hashtag  siLesFemmesParlaientCommeLesHommes . Fin 2014, c’est un coach en séduction usant de méthodes jugées racistes, violentes et misogynes pour parvenir à ses fins, qui faisait scandale sur Twitter, provoquant de vives réactions de la part des femmes. En mai dernier, c'est le viol collectif d'une jeune Brésilienne qui indignait la toile. 

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