"Je ne dors plus" : Toni, confiné depuis 15 jours, nous raconte le coronavirus en Italie

Le village de Codogno, confiné depuis la fin du mois de février. en raison du coronavirus
International

TÉMOIGNAGE - Il est confiné depuis 15 jours dans son village de Maleo en Lombardie. Toni, un Italien vivant dans une "zone rouge" infectée, nous a raconté son quotidien et la manière dont la crise est gérée dans le pays, 1er foyer épidémique en Europe.

Il habite au coeur du premier foyer européen de Covid-19. Toni, un Italien de Maleo, village de 3200 habitants de la province de Lodi dans la région Lombardie vit confiné chez lui depuis maintenant quinze jours : "On en a entendu parler pour la première fois dans la nuit du 20 au 21 février, raconte à LCI ce traducteur de 47 ans. Les ambulances fonçaient dans les rues. Dès qu’il y a eu le risque, les autorités ont bloqué les routes adjacentes à Codogno, situé à 2 km d'ici. Tellement vite que les habitants ont eu peur, comprenant qu’il se passait quelque chose." En l'espace d'une seule nuit, le virus n'était plus "chinois". La crise devenait italienne.

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Car Maleo - comme Codogno - fait partie des 11 communes de Lombardie autour desquelles un "cordon sanitaire" a été mis en place. Dans la "zone rouge", une psychose s'installe. Certains magasins sont dévalisés. "On a vu des gens attendre avec leur caddie en file indienne alors qu’à l’intérieur du supermarché, il n’y avait plus rien", raconte Jérôme Garro, envoyé spécial LCI-TF1 sur place. "Ils redoutaient que les camions de livraison ne viennent plus. Je n’avais vu ce genre de scène qu’au cinéma." 

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Le prix des masques et des gels antibactériens a triplé et on ne trouve plus de papier toilette. - Toni, un italien vivant à Maleo

Ce sentiment d'apocalypse, Toni continue de le subir. il prend sa température 2 fois par jour. Se lave les mains le plus souvent possible avec de l'alcool à 90°C. Comme il ne peut plus voir ses amis, il passe beaucoup de temps au téléphone et écoute... la télévision française car "il n'aime pas" les médias italiens.  Quant à sa recherche d'emploi - ce traducteur ne peut plus s'en occuper autrement que par skype. Pas simple. "On a pris les premiers jours de confinement à la rigolade mais désormais, je suis un peu paniqué, je ne dors plus depuis trois jours, je n’arrive pas à comprendre ce qui se passe. Je ne reçois aucun mail de la mairie, je suis au courant via les réseaux sociaux et les médias qui transmettent les informations officielles de ma région." 

"Depuis le confinement, on sait qu’en allant au supermarché, on en a pour trois-quatre heures au lieu des 20 minutes habituelles. Ils ne nous font pas rentrer normalement, juste par petit groupe de trois. Il y a une longue attente devant, même s’il pleut. Les articles de première nécessité sont absents. La farine, le sucre, les pâtes manquent, le rayon "fruits et légumes" est quasi désert. Personne n’entre dans les pharmacies qui nous servent directement sur le trottoir. Le prix des masques et des gels antibactériens a triplé et on ne trouve plus de papier toilette. "

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De bonnes mesures "pas toujours respectées"

Ses amis, qui habitent hors de la "zone infectée", font désormais les courses pour lui, déposent les sacs au barrage et Toni les récupère ensuite auprès des militaires au checkpoint : "Les bonnes mesures ont été prises par le gouvernement mais les gens ne les respectent pas toujours" assure-t-il. Depuis une semaine, les checkpoints militaires ont été déplacés car une dizaine de personnes ont tenté de sortir de la zone rouge par des routes non surveillées, certains "parce qu’ils voulaient juste aller au bar" et ce, malgré le risque de fortes amendes. "Si vous vous rendez sur la place de Codogno, les gens parlent entre eux, s’appellent de loin, ne portent pas de masque", ajoute-t-il. "Certains croient au complot et du coup prennent la menace du virus à la légère."

Pour tenter d'enrayer la propagation de la maladie, le gouvernement a pris des mesures d'ampleur, dont la plus spectaculaire est sans doute la fermeture des écoles et universités dans l'ensemble du pays jusqu’au 15 mars. 8,5 millions d'élèves sont concernés. Une mesure jamais vue. Même pendant la Seconde Guerre mondiale, les cours avaient continué. Dans le même temps, les autorités tentent de ne pas affoler les populations. Une équation difficile. "Il y a une semaine, il a été demandé aux chaines de télévision d’arrêter de nourrir la psychose collective", raconte ainsi Jérôme Garro. Alors que les trois principales régions touchées (Lombardie, Emilie-Romagne et Vénétie), représentant à elles seules quelque 30% du PIB italien, le gouvernement a annoncé un plan de 7,5 milliards d'euros qui fera bondir le déficit public à 2,5% en 2020 au lieu des 2,2% prévus. Des aides aux familles vont notamment être débloquées pour permettre aux parents de trouver des solutions de garde pour les enfants privés d'école. Le Premier ministre Giuseppe Conte a justifié ces décisions jamais vues par les risques pesant sur  l'organisation des hôpitaux : "En cas de croissance exponentielle (des malades en soins intensifs, ndlr), non seulement l'Italie mais aucun pays au monde ne  pourrait affronter une telle situation".

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Toni, toujours reclus dans son village de Maleo, attend une seule et unique réponse : "Combien de temps  allons-nous encore rester confinés ? De nombreux cas liés au coronavirus sont apparus au delà de la zone rouge, les hôpitaux ne savent plus comment gérer la crise, la panique se créé désormais en dehors de cette zone, déplore-t-il.  Ce dimanche 8 mars, les autorités nous diront si nous continuons la quarantaine, mais tout se décide région par région. Je ne vous cache pas qu’apprendre la levée de la quarantaine serait un vrai soulagement".

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