Lâché par les députés de son camp, Jeremy Corbyn réélu dans un fauteuil à la tête du Labour

Lâché par les députés de son camp, Jeremy Corbyn réélu dans un fauteuil à la tête du Labour
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EASY - Dans la bataille des chefs, Jeremy Corbyn, le sortant, n'avait pas vraiment à craindre. Réélu ce samedi avec 61,8% des voix, les militants le plébiscitent. Une victoire que l'aile droite du Labour digère mal.

Jeremy Corbyn a été largement réélu à la tête du Labour, ce samedi 24 septembre, consolidant ainsi sa légitimité sur le parti, face à son rival, le député gallois Owen Smith, candidat de l'aile droite. Corbyn est non seulement réélu avec 61,8% des voix, mais il améliore son score de l'année dernière de 2 points.

Visé par un putsch de ses députés après le vote pour le Brexit fin juin, Jeremy Corbyn est non seulement toujours aux commandes de l'opposition, mais le vétéran radical sort renforcé après un été meurtrier pour la politique britannique et potentiellement fatal pour le Labour, vieux de 116 ans.

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    Sous un tonnerre d'applaudissements, Jeremy Corbyn a immédiatement appelé le parti à serrer les rangs et lancé à ses opposants devant le congrès du parti réuni à Liverpool : "Travaillons ensemble pour un vrai changement" et "faisons table rase du passé". Son triomphe solde définitivement l'héritage de Tony Blair, l'ancien Premier ministre travailliste dont le virage libéral et la décision d'intervenir en Irak en 2003 avaient détourné des milliers d'adhérents du parti.

    Au contraire, Jeremy Corbyn, en replaçant le curseur sur la ligne politique historique du labour, est parvenu à en faire le plus grand parti d'Europe. Son discours a attiré 300.000 nouveaux adhérents depuis l'année dernière, doublant pratiquement les effectifs du parti britannique. Beaucoup ont été séduits par le projet de "révolution démocratique" et les idées très à gauche de "camarade Corbyn", alimentant les accusations d’infiltrations du parti par des militants trotskistes et écologistes.

    Faire "comme Podemos ou Syriza"

    "Partout en Europe, on a vu émerger des partis construits sur une base activiste comme Podemos en Espagne, le mouvement Cinq étoiles en Italie ou Syriza en Grèce. Avec Jeremy Corbyn, le Labour se rapproche de cette tendance", souligne Patrick Dunleavy, professeur à la London School of Economics.

    Nombreux sont ceux qui croient savoir que les prochaines législatives prévues en 2020 sont déjà promises aux conservateurs au pouvoir, considérés comme les vrais vainqueurs du week-end. Jeremy Corbyn n'est évidemment pas du tout d'accord. "On va se battre pour remporter la prochaine élection en 2020", a-t-il martelé.

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      Le sérail contre les militants

      Avant même sa prévisible réélection, il avait annoncé qu'il allait "tendre une branche d'olivier" à tous les députés qui se sont désolidarisés cet été. Selon l'entourage de Corbyn, plusieurs rebelles sont déjà prêts à rentrer dans les rangs. Mais la route sera longue avant de réconcilier le sérail du Labour, héritier de Tony Blair, et la base militante plébiscitant Corbyn.

      Les positions des deux camps paraissent à ce point irréconciliables que certains craignent aujourd'hui pour la survie du parti. Persuadés que la présence de Jeremy Corbyn empêche tout retour au pouvoir, les députés modérés pourraient ainsi être tentés de faire scission pour créer un nouveau parti de centre-gauche. "L'idée est de construire un mouvement social et ses partisans sont prêts à accepter que cela prenne du temps. Il s'agit de transformer le parti d'abord avant de s'occuper des élections", souligne Anand Menon.

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