Jérusalem : pourquoi le Saint-Sépulcre est fermé depuis trois jours

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POLÉMIQUE - Le site du tombeau du Christ, selon la tradition, est fermé depuis dimanche. Il s'agit d'une protestation exceptionnelle contre des mesures fiscales et une proposition de loi israéliennes.

Quand politique et religion font mauvais ménage. Le Saint-Sépulcre, ce site dans la vieille ville de Jérusalem qui aurait accueilli le tombeau du Christ, est resté portes closes ce mardi pour la troisième journée consécutive. Une fermeture rarissime, qui trouve son explication dans une histoire… d'impôts.


Il y a quelques semaines, la municipalité israélienne a, en  effet, dévoilé les contours d'un projet de loi, destiné à faire payer aux chefs des Églises chrétiennes une flopée d'impôts sur leurs biens immobiliers. Des biens qui ne seraient pas des lieux de culte ou d'enseignement religieux, mais qui concernent des activités commerciales générant des revenus, comme, par exemple, des loyers. Montant estimé ? Environ 152 millions d'euros, selon le maire de la ville, Nir Barkat.

Une facture inconcevable, ont estimé les chefs des Églises chrétiennes. Selon ces représentants des églises grecque orthodoxe, arménienne et catholique, il s'agit ni plus ni moins d'une atteinte à leurs droits à la propriété privée. Mais surtout, toujours selon eux, ces dispositions viseraient à amoindrir la présence chrétienne dans cette ville sous contrôle israélien. Un porte-parole du gouvernement palestinien a embrayé le pas ce lundi, estimant que cette décision "pourrait se traduire par une mainmise (d'Israël) sur des terrains appartenant aux églises".

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En fermant en guise de protestation les portes durant deux jours de ce lieu fréquenté chaque année par des centaines de milliers de personnes, les autorités catholiques de la ville envoient un signal fort. L'acte est rarissime, car on ne compte que deux précédents récents : en 1990, le Saint-Sépulcre avait été fermé avec d'autres sites chrétiens pour protester contre l'installation de colons près de cette église. Neuf ans plus tard, les lieux chrétiens avaient été de nouveau fermés pour protester contre la construction d'une mosquée à proximité de la basilique de l'Annonciation à Nazareth.

Point commun de ces trois fermetures en trois décennies ? Le foncier, véritable enjeu dans la ville trois fois sainte. Un autre projet de loi, distinct de celui concernant le Saint-Sépulcre, illustre encore la "guerre" du logement qui sévit à Jérusalem : ce texte vise à apaiser les craintes des Israéliens vivant dans des maisons bâties sur des terres qui étaient détenues par l'Eglise grecque orthodoxe et qui ont été vendues récemment à des promoteurs privés. Ces Israéliens craignent en effet d'être expulsés par les nouveaux propriétaires, pour permettre le lancement de projets immobiliers. Ces ventes récentes de terres par l'Eglise grecque orthodoxe ont par ailleurs provoqué la colère des Palestiniens, qui redoutent qu'elles servent à la construction de logements destinés à des colons israéliens à Jérusalem-Est.

En attendant ces éventuelles constructions, les touristes présents ces jours-ci à Jérusalem font les frais de la fermeture du Saint-Sépulcre. Lundi, ils ont trouvé les portes de l'Eglise closes et des barrières métalliques qui les empêchaient de s'en approcher. Considéré comme le site le plus saint de la chrétienté, le Saint-Sépulcre est construit à l'endroit où Jésus à été crucifié et mis au tombeau, selon la tradition. Le lieu est géré par six Églises chrétiennes : les Grecs orthodoxes, les Catholiques de rite latin, les Arméniens apostoliques, les Coptes égyptiens, les Syriaques orthodoxes et les Éthiopiens orthodoxes. Chacune contrôlant une partie soigneusement délimitée du bâtiment.

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