Les sportifs nord-coréens prisonniers de la politique de leur pays

Les sportifs nord-coréens prisonniers de la politique de leur pays

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BLOCUS – Alors que la Corée du Nord a ouvert le dialogue avec son homologue du Sud en proposant d’envoyer des athlètes aux Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang, focus sur la réalité du sport de haut niveau au pays de Kim Jong-un. Sur fond de tensions internationales.

La Corée du Sud rêvait de faire de "ses" Jeux olympiques d’hiver une "plateforme pour la paix", dixit son président Moon Jae-in, mais s’est longtemps heurté au refus de son homologue du Nord d’y prendre part... Jusqu’à mardi et au discours du nouvel an de Kim Jong-un, affirmant finalement que son pays est prêt à participer à l’évènement sportif qui se tiendra en février dans la petite station de ski sud-coréenne de Pyeongchang, à seulement 70 km de la ligne de front. Cela n’a, pour l’heure, qu’abouti à une reprise du dialogue entre les deux pays, avec l’idée d’acheminer un navire pour transporter les athlètes du Nord. Mais quels athlètes, au juste ?

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Sauf passe-droits absolument exceptionnels, il n’y en aurait que deux susceptibles d’intégrer la compétition : le couple de patinage artistique composé de Ryom Tae-ok, 25 ans, et de sa coéquipière Kim Ju-sik, 18 ans, qui s’est officiellement qualifié pour les olympiades à venir en terminant 6e du trophée Nebelhorn, à Oberstdorf (Allemagne), le 29 septembre dernier. Le Comité international olympique (CIO) n’avait toutefois pas autorisé leur participation aux JO, faute d’accord avec les autorités nord-coréennes. Accord qui ne surviendrait donc que dans le cas où le dialogue diplomatique qui vient de s’ouvrir ne se termine pas dans une nouvelle impasse...

Des décisions à géopolitique variable

Depuis longtemps déjà, les sportifs de haut niveau nord-coréens doivent ainsi composer avec les atermoiements politiques de leurs dirigeants, aux conséquences diverses et variées.  À titre d’exemple, le régime n’a pas toujours interdit à ses sportifs de se rendre en Corée du Sud. En 2005 et en 2013, l’équipe de football féminine avait pu y disputer la Coupe d’Asie de l’Est, affrontant même sa voisine du Sud la seconde fois. En 2008, l’équipe masculine avait aussi effectué le déplacement, pour faire match nul (0-0) à Séoul, à l’occasion des éliminatoires de la Coupe du monde 2010. On pourrait croire que c’était parce que le contexte n’était pas le même à l’époque… Sauf que, au printemps dernier, alors que Donald Trump avait déjà lancé sa salve de tweets, les deux Corées s’étaient encore opposées au sud de la péninsule, lors d’une rencontre de hockey sur glace féminin.

Après le Mondial de foot 2010, le sélectionneur condamné aux travaux forcés

Une certitude : les JO d’hiver ne sont pas non plus directement en cause, puisque la Corée du Nord y a participé huit fois, la première en 1964 à Innsbruck (Autriche), la dernière en 2010 à Vancouver (Canada), pour un bilan de deux médailles, une d’argent en 1964 et une de bronze en 1992, chaque fois en patinage de vitesse. Certains considèrent que le régime décide d’envoyer des athlètes en fonction de leur chance de victoires, mais non : Kim Jong-un a boycotté les Mondiaux d’haltérophilie de novembre dernier, alors que ses athlètes dominent presque toutes les catégories de cette discipline. Hasard ou coïncidence : ladite compétition avait lieu aux États-Unis.

Tout porte donc à croire que les décisions sont toujours prises au dernier moment, en fonction des soubresauts géopolitiques récents, mais surtout avec la volonté de ne pas avoir l’air de céder à une quelconque pression. Ceci étant dit, parfois, l'important est de ne pas participer. Parlez-en aux footballeurs de l’équipe nationale qui avaient disputé la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, enchaînant trois défaites dont un cinglant 7-0 contre le Portugal (le régime avait interrompu la retransmission en direct, la première de l’histoire de la Corée du Nord, à 4-0). Résultat : à leur retour au pays, le sélectionneur avait été condamné aux travaux forcés, tandis que tous les joueurs avaient été publiquement humiliés par 400 personnes durant six heures. Enfin, presque tous les joueurs : juste avant le début du tournoi, quatre d’entre eux avaient eu la bonne idée de s’enfuir.

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