Juin 1994 : quand les Etats-Unis s'apprêtaient à bombarder la Corée du Nord

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CRISE - Les Etats-Unis et la Corée du Nord s'opposent depuis plusieurs semaines sur la scène internationale, laissant planer la menace d'un conflit. Un scénario proche de celui que les deux pays ont traversé en 1994, une époque à laquelle Washington envisageait très sérieusement d'attaquer Pyongyang.

"Op Plan 5027." Derrière ce nom de code ne se cache pas le plan que la Corée du Nord a détaillé ce jeudi pour attaquer l'île de Guam, mais un projet bien plus ancien, américain celui-ci. En 1994, Washington avait en effet orchestré des frappes sur le régime, preuve d'une rancœur historique entre les deux pays.


Retour en arrière, une époque où Bill Clinton était aux commandes des Etats-Unis. Comme l'a rappelé le New York Times en juillet, le Pentagone est sollicité par William J. Perry, qui était le secrétaire d'Etat à la Défense. Sa requête ? Un plan pour des frappes "chirurgicales" contre un réacteur nucléaire situé à Yongbyon, à 100km au nord de Pyongyang. Ce projet intitulé "Op Plan 5027" consistait à utiliser des missiles de croisière et des avions furtifs F117.

"Nous étions au bord d'une guerre"

La Maison Blanche est alors informée du risque d'une telle attaque : des centaines de milliers de morts potentiels, en Corée du Nord mais aussi de l'autre côté de la frontière, en Corée du Sud. Malgré cette mise en garde, il faudra attendre le 15 juin 1994 pour que les autorités américaines abandonnent leur projet. Ce jour-là, une réunion cruciale se déroule à la Maison Blanche, selon CNN. William J. Perry – mais aussi le Pentagone – propose alors d'envoyer 10.000 soldats supplémentaires dans la péninsule coréenne, ainsi que des bombardiers. Preuve de l'imminence d'une attaque, le secrétaire d'Etat se souviendra quelques années plus tard que l'administration américaine était ce jour-là "sur le point de décréter l'évacuation des civils américains présents en Corée".


Un coup de téléphone providentiel viendra mettre fin au projet guerrier. Au bout du fil : Jimmy Carter. L'ancien président s'invite dans la réunion en proposant une médiation de dernière minute après sa rencontre avec Kim Il–Sung, le fondateur et premier dirigeant de la Corée du Nord (qui mourra un mois plus tard). Quelques jours plus tard, la Corée du Nord accepte finalement de geler son programme nucléaire. "Nous avions conscience que nous étions au bord d'une guerre qui pourrait impliquer des armes de destruction massive", racontera en 1999 William J. Perry.

Vingt-trois ans plus tard, à l'heure où Donald Trump et Kim Jong-Un rivalisent d'insultes, la situation est-elle comparable ? Rien n'est moins sûr. C'est en tout cas ce qu'explique à LCI Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique : "La situation est très différente puisque aujourd'hui, les capacités militaires de la Corée du Nord sont beaucoup plus importantes qu'à l'époque. Ensuite, en 1994, l'objectif était d'éviter que le pays se nucléarise. Or elle est désormais de facto une puissance nucléaire." Et le chercheur d'ajouter : "Il faut également se rappeler qu'à l'époque, le régime faisait face à une crise protéiforme sans précédent : effondrement économique, isolement diplomatique avec la perte du soutien de l'URSS (avec parallèlement une reconnaissance de la Corée du Sud par les Etats-Unis), sans oublier la mort du fondateur du régime. Celui-ci était extrêmement faible, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui."

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