Julian Assange arrêté : le fondateur de WikiLeaks pourrait-il demander l’asile politique à la France ?

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JUSTICE - Le fondateur de WikiLeaks, arrêté à Londres et reconnu coupable d'avoir violé les conditions de sa liberté provisoire, entend "contester et combattre" la demande d'extradition de Washington. En réclamant l'asile politique en France ? Certains le souhaitent, à l'image de Jean-Luc Mélenchon ou Nicolas Dupont-Aignan.

La France doit-elle accueillir Julian Assange ? Depuis l’arrestation jeudi par la police britannique du fondateur de WikiLeaks, cette petite musique (re)commence à se faire entendre dans les rangs de certaines formations politiques. Sauf que, dans les faits, une telle décision semble peu probable.

Premier à réclamer une telle décision : Jean-Luc Mélenchon. "L’Insoumis" a rapidement réagi après le placement en garde à vue de l'activiste australien, qui s'était réfugié en 2012 dans l'ambassade de l'Equateur pour éviter d'être extradé vers la Suède, où il était accusé de viol, un dossier depuis classé. "L'honneur de notre pays doit être de lui accorder l'asile politique au moment où sa liberté est menacée", a plaidé le député. 

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Même tonalité à droite de l'échiquier politique. "La France aurait dû accorder l'asile à Julian Assange depuis des années !", a abondé sur Twitter le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, quand Marine Le Pen avait, elle, réclamé l'asile pour le boss de Wikileaks en 2016.

"On n’offre pas l’asile à quelqu’un qui ne le demande pas"

Pas sûr malgré tout que le gouvernement partage ce point de vue. Interrogée ce vendredi sur Franceinfo, le ministre de la Culture Franck Riester a botté en touche : "La réponse du gouvernement, c'est de faire confiance aux Britanniques sur la façon dont ils vont, avec leur justice, traiter la question de Julian Assange". Même son de cloche du côté de la secrétaire d'Etat aux Affaires Européennes, Amélie de Montchalin, invitée de France Inter ce matin : "Je pense qu’il faut écouter ce qu'il veut faire (...) Mais on n’offre pas l’asile à quelqu’un qui ne le demande pas."

Certes, le principal intéressé n'a, pour l'heure, pas sollicité Paris. Selon son avocate, Jennifer Robinson, il va "contester et combattre" la demande d'extradition vers les Etats-Unis. Celle-ci doit être étudiée lors d'une audience le 2 mai prochain. Le temps de préparer une demande d'asile tricolore ? 

En France, un cadre légal existe pour les cas des lanceurs d'alerte : après le choc de l'affaire Jérôme Cahuzac, la France a musclé son arsenal anticorruption et s'est en effet dotée fin 2016 (loi Sapin II) d'un régime de protection. Si celui-ci est "parmi les plus avancés d'Europe", selon Transparency international, son cadre est très précis : le lanceur d'alerte est défini comme "une personne physique qui révèle ou signale, de manière désintéressée et de bonne foi, un crime ou un délit, (...) ou une menace ou un préjudice graves pour l'intérêt général, dont elle a eu personnellement connaissance". Problème : pour certains observateurs, Julian Assange ne peut pas être considéré comme un lanceur d'alerte, mais comme un intermédiaire entre un lanceur d'alerte  par exemple Chelsea Manning - et le grand public, via Wikileaks.

En 2015, pas de "danger immédiat"

En outre, le signalement doit suivre un chemin fléché. D'abord en interne à un supérieur hiérarchique, puis à l'autorité judiciaire ou administrative, et enfin, si l'alerte n'a pas été traitée dans les trois mois, elle peut être rendue publique. "En cas de danger grave et imminent", le lanceur d'alerte peut rendre directement public son signalement. Il peut aussi, à tout moment, saisir le Défenseur des droits. Pas sûr, donc, que les autorités françaises considèrent que Julian Assange rentre dans ce cadre. 

Il faut dire aussi qu'un précédent existe entre Paris et l'Australien : en 2015, une première demande d'asile avait été refusée. "Compte tenu des éléments juridiques et de la situation matérielle de M. Assange, la France ne peut pas donner suite à sa demande" d'asile, s'était justifiée la présidence, précisant que sa situation "ne présent[ait] pas de danger immédiat".

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En 2015, l'Elysée avait également avancé un autre argument : le fondateur de Wikileaks "fait l’objet d’un mandat d’arrêt européen". A savoir celui délivré en 2012 par la justice britannique pour avoir violé les conditions de sa liberté conditionnelle en se réfugiant à l'ambassade équatorienne. Un mandat toujours d'actualité en 2019, et sur lequel pourrait s'appuyer les autorités françaises pour refuser une nouvelle fois d'accueillir sur son sol l'Australien. 

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