L'Allemagne encourage les départs des réfugiés après les avoir accueillis à bras ouverts

L'Allemagne encourage les départs des réfugiés après les avoir accueillis à bras ouverts

CASE DÉPART - L'Allemagne va débloquer 150 millions d'euros pour aider les demandeurs d'asile déboutés ou souhaitant rentrer chez eux, à faire demi-tour. Depuis 2015, des milliers de réfugiés, des Irakiens et des Afghans principalement, ont préféré quitter l'Allemagne.

Berlin se veut généreuse. Après avoir accueilli à bras ouverts 900.000 migrants, l’Allemagne est sur le point de lancer un programme de 150 millions d'euros d'aide au retour, à destination des demandeurs d'asile déboutés ou qui souhaitent simplement rentrer chez eux. Seront principalement concernés, les Irakiens, les Afghans et les personnes originaires des différents pays des Balkans. Pour eux, n’a pas manqué de préciser le ministre du Développement au quotidien régional Augsburger Allgemeine, c’est l’occasion "d’entreprendre un nouveau départ" dans leur pays d'origine. "Nous pouvons leur offrir de l'éducation, une formation, des emplois, et des aides", a lancé Gerd Müller, dont l’optimisme dépasse l’entendement. 

Désabusés, certains demandeurs d'asile accusent le coup

Car comment concevoir que des Irakiens et des Afghans, les uns fuyant le califat de Daech et les autres, la dictature des Talibans, préfèrent rentrer chez eux plutôt que de rester en Allemagne ? De plus en plus de demandeurs d’asile, découragés par les conditions d’accueil du pays, choisissent de faire le trajet en sens inverse. Ali Mohammed, 22 ans, hébergé six mois dans le foyer d’un village excentré, confiait ainsi son désarroi au Temps : "Il n’y avait ni train, ni bus, les gens nous regardaient de travers, et rien à faire de toute la journée. En six mois, on n’a jamais pu me dire quand j’aurais des papiers, quand je pourrais quitter le foyer où nous étions entassés. Impossible de dormir et la nourriture était infecte". 

Son ami Ali Ahmed, 28 ans, est lui aussi très déçu : "Je n’avais pas imaginé l’Allemagne comme ça". Tous deux se voyaient commencer une nouvelle vie, travailler, se marier, "être Allemands quoi". Au lieu de ça, ils rentreront en charter sans attendre l’aide gouvernementale, trop pressés de quitter cette vie de nomade. Là-bas, ils ont des papiers, ils sont quelqu’un. Selon l’Office des migrations, 724 Irakiens et 309 Afghans ont demandé à bénéficier en 2015 du programme d’aide au retour. En mars 2016, on comptait une centaine de départs par semaine de Berlin, à destination d’Erbil, au Kurdistan irakien. 

Les revers électoraux d'Angela Merkel face à sa politique migratoire

Un étonnant retournement de situation pour ce pays qui accueillait les migrants sous les applaudissements. Aujourd’hui, le mouvement "Welcome Refugees" est à bout de souffle et le regard des Allemands s’est durci. Selon un sondage de l’Ifop daté d’avril 2016, s’ils sont nettement plus accueillants que les Français, les Allemands le sont beaucoup moins qu’en octobre 2015. Ils n’étaient plus 48% à juger que l’accueil de migrants était une opportunité de stimuler l’économie de leur pays, mais 47% à penser qu’il y a "beaucoup d’étrangers ou de personnes d’origine étrangère" et qu’"accueillir des immigrés supplémentaires n’est pas possible".

En témoignent les derniers revers électoraux de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel. Car jamais le parti conservateur n’avait connu pareille débâcle que depuis l’accueil des migrants : en septembre dernier, le CDU avait été devancé à deux reprises, en deux semaines, par le mouvement anti-migrants et anti-islam Alternative pour l’Allemagne (AfD) qui s’offrait une place au parlement local de Berlin. "Si la CDU a perdu des voix, entre autres, c'est parce que l’objectif, l’intérêt et le sens de notre politique de réfugiés n’ont pas été suffisamment expliqués", avait-elle concédé au lendemain de sa défaite. Voilà une bonne raison de débloquer 150 millions d'euros.

En vidéo

VIDÉO - Angela Merkel remerciée à un meeting par un jeune réfugié afghan

Lire aussi

    Sur le même sujet

    Les articles les plus lus

    Covid-19 : pourquoi le nombre de jeunes en réanimation continue d'augmenter ?

    La mort d'Olivier Dassault complique un peu plus la succession à la tête de l'entreprise familiale

    La vaccination obligatoire des soignants "reste une possibilité", rappelle Gabriel Attal

    EN DIRECT - Vaccin anti-Covid : l'UE doit recevoir 100 millions de doses par mois au deuxième trimestre

    Patrick J. Adams, le mari de Meghan dans "Suits", dénonce l'attitude "obscène" de Buckingham

    Lire et commenter