L'armée turque poursuit son offensive en Syrie contre des Kurdes : ce qu'il faut savoir sur ce nouveau front

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GUERRE - La Turquie conduit depuis samedi une attaque terrestre contre une ville syrienne tenue par une organisation kurde, considérée comme terroriste par Ankara. Sauf que cette organisation participe à la coalition anti-Daech menée par les États-Unis. La France demande une réunion urgente du Conseil de Sécurité de l'ONU.

Les belligérants changent, mais la guerre continue en Syrie. L'armée turque mène depuis samedi une attaque terrestre contre une ville syrienne, Afrine, tenue par les Kurdes syriens du Parti de l’Union démocratique (PYD) et son bras armé, les Unités de défense du peuple (YPG).  Ce nouveau front provoque, depuis, une crise diplomatique qui met aux prises la Turquie, la Syrie mais aussi les Etats-Unis, l'Iran ou encore la France. Ce lundi, le dirigeant turque Recep Erdogan a annoncé que cette offensive avait "l'accord de la Russie." 



Selon les forces kurdes et l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), 22 civils, dont au moins un enfant, ont été tués dimanche dans les bombardements turcs. Au moins 54 combattants, dont 26 miliciens kurdes et 19 rebelles syriens pro-Ankara, ont été tués depuis le début de l'offensive, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Un soldat turc a aussi été tué, a annoncé lundi soir Ankara.

Pourquoi la Turquie attaque les kurdes en Syrie

Ankara considère les kurdes syriens des YPG comme les alliés des kurdes turcs du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation classée "terroriste" par la Turquie et ses alliés occidentaux, l'Union européenne et les États-Unis. Depuis 1984, le PKK mène une guerilla en Turquie pour obtenir l'indépendance, puis l'autonomie, de territoires à majorité kurde.


L'attaque d'Afrine fait partie d'une opération militaire, baptisée "Rameau d'olivier", dont le but, affirme le Premier ministre turc Binali Yildirim, est d'établir une "zone de sécurité" d'une profondeur de 30 km à partir de la frontière.

"L'opération Afrine a commencé de facto sur le terrain", a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan, samedi. "Ensuite, ce sera Manbij", a-t-il ajouté, en référence à une autre ville syrienne sous contrôle kurde située plus à l'est, non loin de la frontière.  Dimanche, Erdogan a également affirmé que ceux qui manifesteraient publiquement à l'appel de milieux prokurdes contre l'offensive dans le nord de la Syrie paieraient "un prix très élevé".

Pourquoi ces combats provoquent une crise entre les États-Unis et la Turquie

En attaquant les Kurdes de Syrie, Ankara a attaqué des alliés des États-Unis dans la lutte contre les djihadistes. Les YPG font en effet partie des Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition arabo-kurde qui lutte notamment contre Daech, et bénéficie du soutien des États-Unis et de la France.


Ce sont notamment les Forces démocratiques syriennes qui ont chassé les djihadistes de l'EI de leurs fiefs de Mossoul et Raqqa, appuyés par des bombardements occidentaux. À la faveur de leurs conquêtes, les groupes kurdes ont progressivement mis en place une administration sur les zones peuplées par des kurdes.

En bref, la Turquie, alliée des États-Unis au sein de l'OTAN, attaque des alliés des États-Unis en Syrie. En fin d'après-midi, les États-Unis ont appelé la Turquie à "faire preuve de retenue" en Syrie. Le 18 janvier, avant que l'armée turque ne lance l'essentiel de son offensive, la porte-parole du département d'État américain indiquait ne pas vouloir que les Turcs "se livrent à la violence", mais qu'ils "restent concentrés sur Daech". Une demande restée lettre morte.


Pour compliquer encore plus le tableau, l'offensive turque est menée avec 25.000 soldats de l'Armée syrienne libre (ASL), qui ont combattu l'armée syrienne de Bachar Al Assad et des groupes djihadistes, parfois aux côtés des forces kurdes. 

Que dit la France ?

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian a demandé dimanche une réunion urgente du Conseil de sécurité des Nations unies sur les opérations en Syrie. Le ministre demande en outre un "cessez-le-feu partout, accès humanitaire inconditionnel" en Syrie et précise qu'il s'est entretenu ce matin avec le minisre turc des Affaires étrangères. 

La ministre française des Armées Florence Parly a quant à elle appelé la Turquie à cesser ses opérations contre les Kurdes syriens, estimant que "ce combat-là pourrait détourner les forces combattantes kurdes [...] du combat primordial [contre le terrorisme] "


Londres se veut plus conciliant avec la Turquie et dit comprendre l'"intérêt légitime" du pays à sécuriser sa frontière. Quant à la Syrie et ses alliés, l'Iran et la Russie, ils appellent également la Turquie à cesser ses opérations. 

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