L'élection de Trump vue par le New-Yorker : l’illustrateur Bob Staake nous raconte son mur

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UNE HISTOIRE, DEUX DESSINS – Bob Staake est l’illustrateur qui a réalisé la couverture du New Yorker suite à l’élection de Trump à la Maison Blanche… huit ans après la une célébrant l’investiture d’Obama. Il explique à LCI ce qui se cache derrière son déjà célèbre "The Wall".

Il est l’homme derrière des unes historiques. Bob Staake, dessinateur et écrivain, signe régulièrement les illustrations choisies en couverture du New Yorker, célèbre hebdomadaire culturel américain. Le "Purple Rain" en hommage à la mort du chanteur Prince ? C’est lui. Le tombeau de Lincoln illuminé par la lune lors de l’élection d’Obama, en 2008 ? C’est encore lui. 

Et comme en un clin d’œil historique plein d’ironie, c’est à nouveau le dessin de Bob Staake qui, huit ans plus tard, a été retenu pour illustrer l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche, le 8 novembre dernier. La prochaine une du New Yorker sera donc un mur. Un mur de briques rouges, qui dévore presque entièrement la couverture du magazine, laissant à peine entrevoir, encore, le titre en lettres blanches sur fond de ciel bleu. Qu’on y voit la violence d’un choc pour les supporters d’Hillary Clinton, un emmurement progressif de la liberté de la presse ou encore une référence au "wall" que dit vouloir construire Donald Trump à la frontière mexicaine, peu importe. Les interprétations sont infinies, et c’est exactement ce que souhaitait Bob Staake.

Et si le mur était en train d'être démoli ?

Interviewé ce samedi 12 novembre par LCI, l’artiste nous explique : "J’étais dans un esprit de célébration en illustrant la couverture sur la victoire d’Obama ('Reflection') et j’avais toutes les raisons d’être optimiste pour le futur d’un pays dirigé par son premier président afro-américain. Mon humeur était nettement plus sombre lorsque j’ai dessiné la une sur la victoire de Trump. Mais au final, je me dis qu’elle peut aussi être perçue comme une image positive, car on peut imaginer que le mur est en train d’être démoli, plutôt qu’en pleine construction."

Il poursuit : "Quand je dessine une couverture, je fais toujours attention à ne pas raconter ‘toute l’histoire’. Je veux qu’elle soit poétique, un peu énigmatique et qu’elle demande au lecteur d’apporter son propre bagage. C’est comme ça qu’il peut interpréter l’image à sa façon. Mon but, c’est de créer une image puissante qui retienne l’attention du lecteur, mais aussi qu’il puisse y capter un autre message en y regardant de plus près."

"Les choses ont changé en huit ans"

Une image qu’il a bien fallu imaginer dans l’urgence. D’autant que Bob ne s’attendait pas franchement à devoir dessiner Trump devant la Maison blanche. "Mardi, je commençais à avoir des idées de couverture pour illustrer la victoire d’Hillary Clinton, et puis à quatre heures du matin, le lendemain, j’ai bien dû me rendre à l’évidence, et je me suis davantage représenté Trump Président. Surtout quand on réagit à chaud à l’actualité, tous les illustrateurs du New Yorker sont en compétition. Je n’essaie jamais d’anticiper les idées des autres artistes. A la place, je me détends, j’attrape un crayon et je commence à gribouiller sur une feuille de papier. J’ai su assez vite que ma couverture était en bonne position pour être retenue. En attendant des nouvelles de David Remnick et Françoise Mouly (respectivement rédacteur en chef et directrice artistique du New Yorker, ndlr), j’ai peaufiné mon dessin. Une fois qu’il a été approuvé, je l’ai envoyé et cinq minutes plus tard, il était mis sous presse. Ça se passe vraiment aussi vite que ça."

Aujourd’hui, Bob Staake est donc en mesure de comparer deux de ses plus emblématiques dessins, comme on regarde les photos des enfants qui ont grandi dans un album souvenir. 'Reflection' et 'The wall' ont huit ans de différence, mais ils sont bien issus d’un même regard sur l’Amérique. "Je regarde ces images côte à côte aujourd’hui et je me lamente… Je me dis : ‘Et bien, comme les choses ont changé en l’espace de huit ans’".

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